La condition posthospitalière
Repenser l'hôpital public/privé sous la condition de la culture
2009
Production : Hi.culture, mission Nord-Pas-de-Calais
Référent et rédacteur :
Christian Ruby, enseignant chercheur en philosophie
Equipe de recherche :
Catherine Grout,
Docteur en Histoire de l'Art et Esthétique (EHESS), HDR en esthétique, professeur à l'école nationale supérieure d'architecture et de paysage de Lille,
Christian Ruby,
enseignant chercheur en philosophie,
Arnaud Théval,
artiste
Extraits :
De l'orientation de la recherche et des chercheurs
Concernant le thème de la culture et de l'hôpital, notre hypothèse de travail préside à l'élaboration d'une matrice qui permet à la fois de déplacer les débats habituels et de déployer une pensée plus ample de la santé et de l'hôpital, en somme d'extraire aussi l'hôpital de ce dont il pâtit : sa réduction à l'image d'une machinerie curative inhumaine. Cette image l'enceint, le contraint, l'asservit à une lecture qui est presque devenue un lieu commun (enfermement) et à des présuppositions auxquelles il s'est laissé aller (le curatif exclusif, le développement technique, le primat du « plateau technique »), et dont nous pouvons nous déprendre.
À cet égard, la question ouverte par notre recherche-action n'est pas celle de savoir si la culture et les arts contemporains peuvent ou doivent entrer à l'hôpital, sous quelque forme que ce soit (bibliothèques, médiathèques, oeuvres déposées, spectacles vivants introduits, activités d'animation plébiscitées) ni celle de savoir si l'hôpital doit être fondé ou refondé par la culture, ou s'il doit être régénéré par elle. D'une certaine manière, ces questions de la capacité, du devoir et d'un rôle dans une fondation sont « résolues » par le fait.

Introduction
La forme culturelle de l'hôpital
Cet objet relève pleinement de l'histoire culturelle et de l'interprétation culturelle des phénomènes sociaux et politiques, des institutions et des politiques ici hospitalières. Là où certains prétendaient que l'hôpital ne trouvait son origine que dans des actions guidées par l'intérêt économique, il a été découvert que l'hôpital a beaucoup plus à voir avec des normes culturelles. Il s'agit donc bien maintenant de réinterpréter le fait hospitalier.
En ce sens, la notion de « culture » renvoie, en première approche, à trois strates de significations évidemment articulées : celle des représentations matérielles et figurées (objets, images, monuments) ; celle des schèmes de perception, des catégories de saisie des choses, des émotions et des appréciations ; celle des exhibitions ou des mises en scène de soi (ou de l'autre) par lesquelles les individus ou les groupes se signifient (socialement, politiquement, symboliquement). Mais afin de conduire cette étude sans restriction, nous avons, de surcroît, décidé de ne pas nous arrêter à ce seul registre des définitions envisageables de la culture, et d'employer cette notion dans ses multiples autres acceptions.

Chapitre I
L'hôpital polarisé sur la quête de sens
À l'évidence, l'hôpital est là. Et parfois massivement. Hôpital forteresse ou hôpital moderniste, en tout cas pour les plus importants (toutes régions confondues, mais aussi en Europe). L'institution, outre les insertions fréquentes dans l'esprit et les bâtiments d'institutions charitables, a le plus souvent pris des formes architecturales typiques soit du XIX° siècle, soit des années modernistes 1950-1960 (Hôpital Claude Huriez), plus ou moins révisées à partir de 2000 (Centre hospitalier de Douai, de Valenciennes). Dans les deux derniers cas, elle doit la conception générale de ses formes à un présupposé : l'existence d'un grand récit de la geste hospitalière de service public, lié tantôt à une conception de l'assistance (et au vieil héritage refoulé de charité et d'hospitalité), tantôt à l'idéologie de l'assurance dans l'Etat providence, tantôt à l'un des archétypes de la conquête technique.

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Chapitre II
Relevés d'opérations
La question se pose maintenant de savoir comment mettre en oeuvre le système posthospitalier et faciliter le contact, les rencontres entre chacune des instances concernées, au moins dans un premier temps. Or, paradoxalement, ce n'est pas en habilitant d'emblée ce genre d'accord que la situation se développe. C'est en accroissant les pouvoirs d'instances non représentatives : les experts de la culture et de l'art (experts en références, en contacts, en mise en place, en conseils juridiques, ...), par les mains desquels passent la plupart des projets aux fins de vérification, choix, conseils et légitimation.
Du coup, la question précédente se double d'une autre : à partir de quel équilibre des forces les médiations nouvelles vont assurer la redéfinition de l'hôpital sous la condition de la culture ? Ce sont justement ces rapports aux forces sociales, le rapport entre les institutions et les obstacles culturels potentiels dont il convient de rendre compte maintenant.

Chapitre III
Deux expertises
Arnaud Théval :
De fait, l'artiste a parfois changé de positions et certains sont en mesure d'aborder des questions de l'art hors les murs du musée, tout en affirmant que les formes produites appartiennent bien au champ de l'art. Mais l'artiste est en capacité de prendre en considération les enjeux d'un contexte mouvant dont les matières qui le constituent sont aussi riches que glissantes, au sens où cette matière, parfois humaine, peut acquérir une dimension politique. Et c'est bien là la difficulté et la nécessité d'un art hors les murs que de se saisir des enjeux (humains, architecturaux et de l'usage des lieux) pour les transformer et les intégrer dans une démarche. Si ces aspects restent à l'écart du regard de l'artiste, le risque d'une production posée dans les lieux est grand et finalement ce qui change d'avec l'époque du grand récit ne serait que le langage des formes (la compréhension par les autres en moins, sans parler de la question de l'adhésion). Une hypothèse qui renforce la conviction selon laquelle, l'art hors les murs (non pas en opposition à l'art visible dans les musées mais en complémentarité avec lui) doit aussi se saisir d'enjeux non-immédiatement artistiques, mais qui au contact du projet de l'artiste peuvent le devenir.
Catherine Grout
L'ouverture du (au) paysage
Dans les témoignages d'artistes que nous avons recueillis concernant leur expérience de l'hôpital, revient plusieurs fois l'importance de la vue depuis le bâtiment. Parallèlement, dans son projet Physalis Partitura, l'artiste Nishikawa a pensé aux malades qui, la nuit, regarderaient depuis leur fenêtre et se trouveraient à la fois dans le noir et dans l'espace clos de la cour. Il a conçu un éclairage au sol en tant qu'enclencheur d'imaginaire renvoyant au ciel étoilé. La présence d'un extérieur par les fenêtres concerne tous ceux qui sont alités, ceux qui visitent les malades ainsi que, bien sûr, le personnel soignant et toute personne travaillant dans l'hôpital.
Cette articulation intérieur / extérieur doit se comprendre au propre comme au figuré. Elle concerne les sens (en particulier la vue et l'ouïe, mais aussi l'odorat et les pores de la peau) tout autant que la relation au monde que l'on peut avoir depuis un dedans selon que ce dedans est souhaité comme un lieu propre, isolé et imperméable, lieu d'une concentration et d'une spécificité exclusive sans agents étrangers, et/ou comme relation avec ce qui l'entoure selon les moments et les nécessités.

Conclusion
Propositions de reconfiguration
La culture à l'hôpital, c'est évidemment aussi toute cette armature réflexive à partir de laquelle la collaboration de l'hôpital, de la puissance publique et des patients devient essentielle. Au demeurant, les hôpitaux disposent de salles et amphithéâtres qui peuvent être ouverts au public, comme les municipalités disposent de salles pour faire venir l'hôpital au lieu même des problèmes (centre ville, banlieues, ...). La culture à l'hôpital, c'est aussi le travail des patients et des futurs patients sur eux-mêmes, sur leur rapport à la maladie, sur les conceptions de la santé. Que l'hôpital revienne, avec intelligence, sur la prévention et l'information du public, n'est pas le moindre des soucis culturels.

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Anges Gardiens
Chasse Gardée


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Anges Gardiens / Chasse Gardée
(2007)
Voici presque dix années qu’Arnaud
Théval interroge, essentiellement par
le medium photographique, la place
de l’individu dans un groupe social
constitué ou dans l’usage des espaces
publics qu’il invente au quotidien.
Pour présenter ses installations, Arnaud Théval affectionne
les lieux sensibles ou polémiques : ses photos-
mises en scène, issues d’un long travail quasiethnographique
de connaissance du sujet, existent
formidablement bien dans leurs contextes d’origine,
qu’il s’agisse de lieux privés ou publics, de lieux de travail ou de lieux de vie. L’image s’affirme comme un
révélateur de tensions et s’articule dans la complexité
de la relation entre individu et corps social, entre individu
et territoires. • À l’invitation de Kostar, Arnaud Théval a impliqué les « gardiens » de plusieurs expositions d’Estuaire 2007. Le mode d’approche est
ludique, mais le risque de la représentation perdure.
Comme une légère transgression de la fonction des
individus mis en scène, ces portraits affirment une incarnation
théâtrale de personnes habituellement discrètes,
presque en retrait. Ici, le corps dialogue avec
une grandiloquence princière amusée dans un miroir
géant ; ou prend une pose exacerbée, charnelle, audelà
des limites de protection imposées autour de
l’oeuvre d’Anish Kapoor ; ou encore s’insère léger,
mutin et polisson, au coeur des machines à bulles
de David Medalla. L’espace physique de l’oeuvre, la
nature plastique qui s’en dégage et son rapport au
lieu induisent très fortement la posture du modèle. •
Et il est surprenant de constater l’intuition avec laquelle
chacun de ces anges d’un jour s’est approprié
la demande d’Arnaud Théval, dont les photographies
révèlent justement le jeu du corps à l’espace, le jeu
du corps à l’oeuvre. •
Revue Kostar (été 2007)
TEXTE / EVA PROUTEAU
WWW.ARNAUDTHEVAL.COM
MERCI À FABIENNE GUÉGAN, LAURENCE SEIGNEURIN,
FAOUZI CHIKHI, MOUFIDA PLESSIS, JEAN-PAUL SIDOLLE,
MARIE-CHARLOTTE HAUTBOIS, SÉBASTIEN ROUX, ANNE
GUILLOU, GAELLE MOALLIC, THIERRY GUEU, PHILIPPE JUTEL,
FRED DESTOMBES.
UN REMERCIEMENT SPÉCIAL À CAROLINE DEMANGE.
WWW.WR2STUDIO.COM
www.kostar.fr
http://www.memoires-elephants.com/ |
Lectures Publiques


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Lectures Publiques
Lisbonne, 2006
300 x 421 cm et 300 x 445 cm
Commande et production :
Impressions d’Europe et Centre Camoès au Portugal.
Présentation rencontres littéraires portugaise au Lieu Unique.
Les deux photo montages représentent des lecteurs rassemblés fictivement sur des places publiques identifiables de Lisbonne. Chaque lecteur est plongé dans une lecture prégnante d’un journal gratuit ou d’une carte touristique.
Ces pièces sont conçues pour « faire salon »; elles jouent avec le contexte du salon de littérature portugaise mis en place par la librairie Vent d’ouest. Un dialogue discret s’instaure entre les photos montages réalisés à partir de photos de lecteurs pris à la volée dans l’espace public de la ville de Lisbonne et les visiteurs du salon littéraire. Le décalage devient opérant, lorsque l’on se rend compte que le contenu de la lecture publique n’est autre que la presse gratuite. Ce jeu de langage visuel est un questionnement sur les représentations véhiculées sur un pays ainsi que sur les distances entre l’imaginaire littéraire et la réalité plus pauvre des lectures quotidiennes contenues dans les journaux gratuits. Et c’est sans compter sur la concurrence des cartes touristiques dans lesquelles le principe de guidage des corps et des regards détourne finalement de l’expérience d’une découverte hasardeuse.
Cette mise sous tension entre ces réalités est subtilement injectés dans les deux œuvres, celles-ci questionnent notre relation aux frontières imaginaires, celles véhiculées par les médias touristiques et celles transmises par la poésie et les récits des écrivains ; des frontières poétiques aux contours flous et repoussés à celles plus frontales des guides touristiques et de l’information simplifié pour tous.
www.instituto-camoes.pt
impressionsdeurope@wanadoo.fr

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Reconstitution
Ce projet est réalisé à l’occasion d’une résidence à l’IUFM Launay Violette à Nantes, sur une invitation de Louisette Guibert en 1998. À cet occasion j’initie un travail avec les personnes travaillant sur le site, rompant ainsi avec mes travaux antérieurs et initiant un travail où la relation à l’autre et au contexte deviennent des constituants de l’œuvre finale.
Installation sur le site (projections d’images fixes et animées) et affiche sérigraphie noir et blanc 3 m x 4 m (installation devenue pérenne en 2000).


En juin 1998, Arnaud Théval demande aux personnels qui travaillent dans les bâtiments du site IUFM Launay-Violette à Nantes d’ accomplir en extérieur un parcours stéréotypé : quelques pas dans une direction, puis dans une autre.
http://www.pedagogie.ac-nantes.fr/69001390/0/fiche___ressourcepedagogique/
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Des photographies sont prises à distance, tandis que les marcheurs s’absorbent dans ce qui n’est pas même une tâche ni uneperformance, mais une fraction de leur gestuelle quotidienne. Toutefois, pour la première fois depuis longtemps, ils sont obligés d’avoir à l’esprit ce qui constitue leur démarche : tel mouvement du bras, tel allongement du pas, telle position du corps. Cet instant devient alors à la fois parfaitement banal – ce qui est demandé ne réclame ni effort ni préparation – et parfaitement exceptionnel, au point que certains des « modèles » s’y refuseront tout d’abord.
Arnaud Théval met en place, à travers cette action, un point de rencontre entre l’extrême banalité du quelconque et l’extrême caractérisation du singulier (cette posture et ces gestes qui sont propres à chacun d’entre nous). Le traitement de l’image en série (les mêmes corps apparaissent souvent plusieurs fois dans la photographie finale) et la disparition du contexte par l’effacement du fond accentuent encore cette idée d’un suspens entre le différencié (chaque individu est reconnaissable) et l’indifférencié (ce qui apparaît est l’image d’une communauté).
Mais si communauté il y a c’est une communauté sans identité : à travers ce travail Arnaud Théval efface les distinctions liées à la hiérarchie sociale ou professionnelle et produit l’image d’un collectif qui exhibe à la fois les traits singuliers des personnes et une pure communauté de situation créée par le dispositif de prise de vue et le traitement des images. Il transforme les modèles en acteurs, mais des acteurs qui ne jouent aucun rôle, sinon celui qui consiste à manifester de façon consciente devant l’objectif ce qui d’ordinaire appartient à l’inconscient de la gestuelle individuelle et commune. Ainsi la photographie devient le langage que fait exister ce qui l’articule comme une ponctuation : le silence des corps. Le fond blanc rassemble une foule artificielle et donc parfaite dans son statut de communauté indéfinie, sans contenu.
La réception d’une telle œuvre doit se décliner en deux temps. Tout d’abord réception par les « modèles » eux-mêmes ou en leur présence, incluant les phénomènes de « reconnaissance » aux deux sens du mot (se reconnaître et être reconnu dans l’image, mais aussi accéder à une reconnaissance par l’élection contenue dans le geste photographique et artistique). Pour beaucoup il s’agit d’une expérience tout à fait nouvelle non seulement dans le fait d’être le « sujet » d’une œuvre d’art mais dans la découverte d’une telle forme de pratique artistique (la photographie lorsqu’elle refuse le clivage entre exceptionnel et banal pour rendre compte du rapport entre l’humanité contemporaine et ses images).
Mais au fil du temps l’œuvre se détache de ses conditions de production, ceux qui sont dans l’image ne sont plus nécessairement devant l’image et un jour plus personne ne sera là pour en raconter l’histoire. Les interrogations deviennent autres mais ne sont pas moins proches du cœur de l’œuvre : qui sont ces gens, où vont-ils, à quoi s’affairent-ils et pourquoi sont-ils ainsi rassemblés ? L’anonymat énigmatique de cette foule et de ses gestes fait alors accéder l’œuvre à ce qu’elle devait être enfin : le portrait de l’humanité sans qualités qui habite un monde sans destination.
Bruno NOURRY
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Flottements
Les photos de la série Flottements résultent d’un travail sur le corps en mouvement extrait de tout contexte architecturale, le plus souvent un corps abstrait. Les photos sont de grands formats 170 cm X 10 cm ou sont des projections de diapositives. Ces images sont « prises à la volée » dans l’espace urbain, sans aucune relation avec les figures passantes. Les corps représentés semblent porter leur propre espace, le noir et blanc renforçant la radicalité du geste et gommant tous les détails anecdotiques ou superflus.
Ces pièces ont été produites avec l’aide de la bourse FIACRE du Ministère de la Culture (1997), présentée à l’Artothèque de Nantes en 1998, à la galerie Archétype de Bruxelles (2001) et à Art’Brussels en 2001.


http://www.le-ring.com/
http://paoloboselli.biz/
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Dérives
Installation vidéo à l’hôtel La Pérouse, Nantes septembre 2003.
Production Ville de Nantes (journée du patrimoine).


« Arnaud Théval a croisé sa perception physique du bâtiment, l’histoire de sa construction et l’histoire du célèbre navigateur. L’artiste a été sensible à la radicalité des formes de l’hôtel, à son inclinaison, à son enfoncement dans le sol comme un échouage, à la sensation vertigineuse qui en émane. Il a été marqué, enfin, par les ouvertures horizontales sur la ville, en référence à l’homme allongé, celui qui dort, celui qui gît…L’installation qu’il propose dans le bâtiment se lit comme une ficton, une métaphore : une succession de séquences vidéo qui jalonnent un parcours traversant l’hôtel de part en part, le naufrage d’un couple qui dérive en mer sur un radeau gonflable. Pour les besoins de l’installation, l’ensemble du rez de chaussée a été entièrement plongé dans le noir, proposant au spectateur une expérience physique et l’invitant à construire, à partir des séquences vidéos, sa propre lecture du naufrage ».
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L'appel
Arnaud Théval L’appel (2006) 9 séquences diaporama sur support numérique interactif.
Son réalisé avec le concours de Dominique Leroy (by) et la voix de Nathalie Demarcq-Picard. Pièce vidéo projetée avec un dispositif sonore amplifié.

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Chacune des 13 classes du collège Camille Claudel en Maine et Loire est sollicitée pour réaliser une forme sculpturale de groupe. Le groupe d’élève prend place de façon extra ordinaire dans l’espace de la classe, en constituant un plateau avec les tables de travail. Ils prennent place sur ces tables, à l’instar d’un socle, ce qui ne manque pas de les mettre dans une situation de forte proximité avec un équilibre difficile ; Le groupe ainsi constitué devient fragile et instable, les élèves doivent penser l’espace de circulation comme un espace collectif et incertain. L’équilibre des uns dépend de la posture des autres.
Chaque groupe d’élèves se présente d’abord de dos (on attend quelque chose) et le nom et prénom de chaque élève est scandé de façon à les solliciter individuellement pour qu’ils sortent du groupe et que leurs déplacements occasionnent un mouvement de groupe. Chaque groupe génère sa propre chorégraphie, qui se répète d’essais en essais. L’identité collective tient dans ces espaces entre les élèves et en fonction de l’atmosphère du groupe. Atmosphère et mouvement de fond se confondent en formes aux moments où l’élève se montre par le groupe. De telle sorte que l’élève, par son identité corporelle propre, agit plus ou moins sur la forme du groupe et que le groupe induit le geste (attitude) de l’élève. Cet aller et retour génère une forme classe par classe, un rythme, une tension et une singularité propres.
Ce dispositif questionne notre perception de l’identité d’un groupe d’élèves et révèle par l’instabilité de la proposition les possibilités poétiques de celui-ci dans une situation où les codes sociaux de représentations sont déplacés.
Les élèves sont dans une situation où l’identité se joue avec le mouvement du corps et en étroite relation avec les regards et les gestes des autres, le tout dans un espace aux limites incertaines. De fait, l’appel qui renvoie à l’identité institutionnelle établie est ici brouillé et les noms des uns et des autres sont scandés dans un désordre ne permettant pas de faire le point sur la présence d’un tel ou d’un tel. Dans cet immense portrait collectif flottant et brouillé, les élèves sont là plus ou moins, une représentation entre mouvement de groupe et mémoire d’un établissement scolaire. |
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