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Invisibles - Moi le groupe2 - Moi le groupe - Têtes de gondoles - La Cloison - Proximités - Sous le Soleil -

Invisibles
(2010)

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256 p - 14,5 x 19 cm - impression offset n & b - broché, couverture avec rabats - appendice en insert - ISBN 978-2-915859-30-0
Éditions Zédélé
Texte de Christian Ruby

Invisibles s’est développé dans les quartiers nord de Nantes après une année de rencontres et d'échanges avec les « habitants », photographiés dans leurs activités quotidiennes. Une collection de portraits s'est ainsi constituée, se diffusant dans les réseaux informels des différents groupes, et donnant un début de visibilité aux premières images du projet. Les échanges se sont déroulés sous forme de discussions, où il a été question de la vie du quartier, de ce qui s'y passe, de ceux qui la font, et de ceux qui en sont !

La première réalisation d'Invisibles est un ensemble d'avatars, sortes de représentations virtuelles des personnes engagées dans le projet. Les avatars se sont construits à partir d’une situation de portrait associant chacun dans le choix d’une pose et d’un geste.

La transformation des visages, masqués par une image composée à partir de signes photographiés sur la personne, a été l'occasion d’inventer des figures évoquant nos mythologies contemporaines empruntées au cinéma, au manga, aux arts plastiques, et autres fictions urbaines cités par les uns et les autres.

Celles et ceux qui jalonnent ce livre, absents de la représentation de la banlieue ou stigmatisés par l'imagerie médiatique, apparaissent ici dans une authenticité non simulée. Toutes ces images, rompant ou jouant avec les stéréotypes les plus éculés, font référence de façon critique à ces accumulations de clichés et de codes, qui génèrent à leur tour des attitudes et des modes, ayant pour conséquence de rendre invisibles ceux-là mêmes qui les adoptent.

 

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L'invention de soi en photographie
Christian Ruby, Philosophe

Extrait :
Défaire la servitude de l’identité.
Tout l’enjeu du travail d’Arnaud Théval tient dans la volonté de défaire cette servitude, tout en la défaisant habilement , afin de repenser à la fois l’individuation et le commun. Au cours d’un long travail avec les modèles, l’artiste subvertit la construction précédente pour mieux s’investir dans le champ de l’individuation. Autrement dit, il refuse de prendre le risque de localiser à nouveau les corps photographiés dans le partage (commun, consenti) policier des corps, et il se préoccupe de la production de formes d’individuation qui ouvriront par la suite à son travail sur un nouveau commun, sur l’espace public et la subjectivation politique (Volume 2). Et ceci par trois fois.
Par la pratique du photomontage. Aucune photographie ne joue le jeu de la représentation, si même ce jeu est possible. La composition du personnage photographié équivaut plutôt à un montage qui brouille l’immédiate identité, désoriente la représentation, et déplace les signes de l’identification, tout en maintenant leur prégnance sociale. Et cela est su d’avance du modèle. Il ne s’agit donc pas vraiment, pour lui, de se donner à voir, de se la jouer pour paraître aux yeux des autres. La pose qu’il adopte d’emblée ne survit jamais. C’est le retravail du montage qui donne sa règle au résultat, décale et refait l’image qu’il voudrait sans doute délivrer.
Par la pratique des médiations. Quoiqu’il en soit, aucune photographie ne peut prétendre à l’adéquation pure. Mais de surcroît, l’objectif fixé par Arnaud Théval ne consiste pas à faire croire en une coïncidence. Qui pourrait d’ailleurs habiter ainsi son personnage, sinon jusqu’à la caricature ! C’est plus exactement l’œil du photographe qui dépouille d’abord le modèle des assignations adoptées et des modes commerciales, et dans le même temps lui offre les moyens de se spécifier comme personne et en tant que personne, sans se dépouiller du commerce et du social. Il parvient ainsi à mettre en évidence une logique singulière, qui est celle des gestes et des attitudes, et des signes déplacés. Et à montrer comment celui qui parle, ou joue, ou se montre, ou agit, devient à la fois élément et acteur de soi.
Par la pratique de l’individuation. Autant la question posée par l’artiste n’est ni celle de la connaissance de soi par la réflexion, ni expressément celle du rapport du sujet à la vérité, autant elle demeure bien celle de la mise en jeu du commun, de la confrontation à l’autre, celle des exercices de subjectivation qui se nouent au cours de procédures d’échange et de reconnaissance. L’artiste n’est pas à la recherche d’un sujet originaire, pré-donné, glissant en-dessous du paraître et du commun. Il part des processus dans lesquels les personnes se construisent et les incite à se travailler à partir d’une interférence entre artiste et modèle.
En un mot, ces trois déplacements/subversions font droit à une autre perspective : se constituer et se transformer à partir d'une pratique artistique, dans un rapport déterminé à elle.

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Moi le Groupe 2
(2005-2010)

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Édition : Zédélé éditions, Brest
Avec les fictions de Sylvain Maresca (sociologue).

Moi le groupe donne lieu à la publication d’un livre conçu en partenariat avec les éditions Zédélé.
Au cours de ses visites, Arnaud Théval a réalisé de nombreuses photographies pour capter les situations et garder une trace de ces rencontres. Certaines d’entre elles sont devenues les œuvres à proprement parler du projet, les autres devenant des documents. C’est cet ensemble photographique, et le récit écrit de ces entrevues, qui sont la base de ce livre imaginé à la manière d’un roman-photo, chacun de ses cinq chapitres renvoyant à un épisode de Moi le groupe.

 

L’artiste nantais poursuit son immersion dans le monde des lycées professionnels, renouant avec les enjeux déjà soulevés précédemment :qui se cache derrière la blouse blanche ? que dissimule le bleu de travail ? comment ces adolescents vivent-ils leur apprentissage ? Si certains lycéens se prêtent de bon coeur au jeu d’Arnaud Théval, d’autres s’en désintéressent jusqu’à friser l’insolence, d’autres encore choisissent la séduction et se jouent à leur tour de l’artiste. Loin de l’image stéréotypée des lycéens qui n’ont rien à dire, on découvre des jeunes gens qui ont quelque chose à montrer et qui le montrent bien.

On trouve également en fin de livre une série de fictions de Sylvain Maresca qui imagine ce qu’ont pu être ces rencontres du point de vue des lycéens. C’est de manière ludique qu’Arnaud Théval a choisi d’entremêler ses photographies à son propre récit, pour donner à voir de l’intérieur ce qui s’est joué au coeur des lycées.

Zédélé éditions : http://www.zedele.org/
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Moi le Groupe
(2005-2008)




Édition : Zédélé éditions, Brest
Avec les fictions de Sylvain Maresca (sociologue), les textes d’Alain Kerlan (philosophe), Tizou Pérez-Roux (Maître de Conférences en Sciences de l’Éducation), Guy Baloup (agrégé de philosophie) et un entretien réalisé par amac & Isabelle Tellier (critique d’art).

Moi le groupe donne lieu à la publication d’un livre conçu en partenariat avec les éditions Zédélé.
Au cours de ses visites, Arnaud Théval a réalisé de nombreuses photographies pour capter les situations et garder une trace de ces rencontres. Certaines d’entre elles sont devenues les œuvres à proprement parler du projet, les autres devenant des documents. C’est cet ensemble photographique, et le récit écrit de ces entrevues, qui sont la base de ce livre imaginé à la manière d’un roman-photo, chacun de ses six chapitres renvoyant à un épisode de Moi le groupe.

Une image de lycéen professionnel dégradée, une estime de soi proche de
zéro pour certains, un bleu de travail difficile à porter, des élèves qu’il faut remettre sur les rails en les aidant à s’affirmer individuellement, et dans le même temps, des élèves à faire rentrer dans le moule d’un métier ! Voilà le constat paradoxal que l’on dresse à propos des lycées pro, et qui m’a amené à rencontrer ces élèves pour les questionner sur leur identité. Quel est le lien entre l’univers de l’adolescent encore à l’école et celui du monde du travail ? Comment ces élèves se construisent-ils une image d’eux-mêmes dans ce moment de « crise » ? Quelles représentations peut-on alors inventer avec eux ? Ces questions m’ont amené à proposer des protocoles révélant les enjeux de la formation professionnelle : l’impact sur le corps, l’appropriation de l’habit de travail, l’exposition de soi, etc. Par ces rencontres, je cherche à provoquer des situations inédites qui révèlent ou bousculent les clichés qui collent à la peau des lycéens, rarement remis en cause, et parfois portés par les élèves eux-mêmes. Malgré les esquives, les refus, les dérobades des uns et des autres, le projet s’est développé sans relâche avec la complicité de certains enseignants et de leurs collègues administratifs. Des photos, des jeux vidéo, des installations ont été réalisés et présentés dans les établissements. Ces œuvres restituées dans leur contexte de création ont
provoqué des discussions et des débats. Leur dimension critique aura permis d’interroger la place de chacun vis-à-vis des représentations de l’identité. Aujourd’hui, ce livre, construit comme le récit de ces aventures partagées avec les élèves, devient le nouvel espace du projet artistique. Il rend visible ce qui s’est joué en coulisse avec les lycéens.
Extrait du livre - introduction d'Arnaud Théval.

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L'école mise à nu par ses célibataires, même

Alors, une dernière fois : à quoi bon ? Que peut bien apporter à l'école, et à tous ceux dont l'école est la condition obligée, un artiste en apparence aussi étranger aux crédos pédagogiques les plus répandus en la matière ? Là est peut-être la leçon : c'est en demeurant résolument lui-même que l'art d'aujourd'hui s'approche au plus près des enjeux politiques et sociaux dont il est précisément le contemporain. Il en va des enjeux éducatifs comme de tous les autres enjeux. Au bout du compte, si l’art et les artistes d’aujourd’hui sont impliqués et sollicités dans le champ éducatif, si même ils s’y engagent, c’est parce qu’il y a dans l’art d’aujourd’hui et la démarche artistique, qu’elle se déploie sur le plan visuel, sur le plan émotionnel, ou sur ceux de l’énergie ou de la pensée, quelque chose qui touche aux questions et aux problèmes éducatifs aujourd’hui majeurs, quelque chose qui touche « à la source de l’éducation » pour notre monde. Ces questions, ces problèmes, gravitent principalement autour de trois points et posent trois genres de questions. Ils concernent en premier lieu l’individu, le sujet : comment éduquer, former le sujet aujourd’hui ? Ils interrogent la créativité, la création : que recouvre la demande de création et de créativité qui concerne aujourd’hui chacun ? Ils touchent enfin à la norme et à la loi : comment fabriquer de la norme et de la normativité tout en invitant chaque sujet à « être lui-même » ? Ces questions, on en conviendra, sont au cœur de la démarche d'Arnaud Théval.
Extrait de texte d'Alain Kerlan.

 

De la tenue

Je viens toujours au lycée en tenue professionnelle, même les jours où on n’a pas de cours pratiques. J’y tiens. Tailleur noir, chemisier blanc, collants, chaussures cirées. Il n’y manque que le nœud gris : celui-là, je le réserve pour les séances au restaurant d’application parce qu’il est un peu serré et que ça me gêne pour respirer. Donc, quand ce n’est pas nécessaire, je préfère garder mon col ouvert. Parfois, j’opte pour un foulard de couleur. C’est la seule fantaisie que je m’autorise. Sinon, c’est la tenue réglementaire, un point c’est tout.

Les autres élèves viennent souvent en jean, habillés n’importe comment. On dirait qu’ils font exprès de s’afficher en débraillé chaque fois que l’emploi du temps le leur permet. Il y en a même qui se changent d’un cours à l’autre, comme si l’habit de
service leur pesait trop. Du coup, même en tenue, ils paraissent négligés. On sent bien qu’ils ne l’habitent pas ce costume. Il est posé sur eux, mais ils ne sont pas rentrés dedans. Ça leur va comme un sac. On dirait des pingouins, endimanchés mais ridicules. Ils ne sont pas ajustés à la tenue. Et s’ils n’y sont pas ajustés, ils ne sont pas dans le ton du service.
Extrait de texte de Sylvain Maresca.

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Têtes de gondoles
(2010)

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64 pages, éditions Dilecta
avec Christian Ruby (philosophe)
Samuel Levron (gérant)
Dominique Raimbourg (Député)
Mathias Cadot (Président des Francas de L.A)

Commande Association Départementale des Francas de Loire-Atlantique
Livre réalisé par les Éditions Dilecta, Paris
Graphisme Mathieu Tremblin et David Moreau

L’anniversaire de la charte des Droits de l’enfant, une commande des Francas et un glissement de terrain plus tard, nos échanges orientent mon propos vers la création d’une œuvre questionnant l’arrivée des jeunes de vingt ans sur la scène de la consommation.
Comment se positionnent-ils face à la pression médiatique des appels à la consommation ? Ont-ils les moyens d’une distance critique ? Leur est-il possible de mettre en phase leurs idéaux, leur porte-monnaie et leurs désirs ? Le terrain commun sur lequel se recoupent ces questionnements est celui de « la grande distribution ». Elle contient toutes les possibilités et tensions liées au désir d’achat.

Je propose un protocole permettant à chacun de choisir un rayon puis un produit, qui fasse écho à une problématique liée à un droit. Dans un laps de temps très court, je réagis à leur choix et nous travaillons rapidement les situations en créant un jeu entre eux et les produits. Comme un collage d’idées ; les poses, les produits et les attitudes finissent par recomposer un récit recoupant des histoires personnelles, affectives ou politiques, une relation à l’acte d’achat ou un positionnement au regard d’un droit.

Les images sont ensuite proposées à la discussion entre les jeunes photographiés et des acteurs de ces trois champs : commerce, politique, éducation populaire. Des rencontres au cours desquelles nous échangeons sur les enjeux du projet et les lectures possibles de ces photos. Les propos des uns et des autres forment la matière de textes ou de phrases exprimant leurs points de vue, et confiés à l’analyse du philosophe qui en élargit le champ de lecture.

L’objet artistique dessine un jeu entre des représentations et des mises en critique de quelques standards à partir des projections des jeunes sur l’univers de la consommation. Cette relation au droit se pose en creux, dans des problématiques liées à l’accès aux produits, à l’information, à l’éducation au choix et à la distance critique. L’œuvre se livre comme un territoire ludique de questionnements et sa lecture invite à combiner les points de vue afin de contourner quelques certitudes.

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La constatation désenchantée
Christian Ruby, Philosophe

Extrait :
Justement, les photographies pensantes d’Arnaud Theval introduisent une distorsion dans ce rapport à la consommation. Elles ne se contentent pas d’un constat tournant autour de ce que nous infligent jusque dans nos innervations profondes les choses qui nous entourent ; ce ne sont pas des instantanés de la consommation qui risqueraient de justifier les choses telles qu’elles sont. Elles exercent notre imagination à l’encontre de la fatalité.
Ces photos exposent, en effet, la présence massive de l’objectivité presque toujours obscène de la distribution et de la consommation, au milieu de laquelle la figure du sujet individuel, un peu perdue, est censée se réaliser en fonction de ses choix. Face à elles, on ne peut qu’être frappé, au premier abord, par la violence brute et la puissance écrasante de ce qui est là, et pas seulement comme décor avec lequel il serait impossible de prendre des distances.

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La Cloison
Le chantier des Archives

(2005-2008)

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La cloison, le chantier des archives_2005-2008, textes d’Emmanuel Hermange (critique d’art) et de Jean-Yves Petiteau (ethnologue), Zédélé éditions, 2008.
288 pages, 320 photos couleur, 14,5 x 19 cm, broché, couverture souple à rabats. ISBN 978-2-915859-12-6.

Un livre conçu comme l’index de la situation de l’artiste dans le chantier.

Pendant près de trois ans, Arnaud Théval a suivi la réhabilitation des Archives départementales de Loire-Atlantique. L’artiste a régulièrement visité le chantier pour rencontrer le personnel et les ouvriers, leur proposant au passage de les photographier de dos, tournés vers leur espace de travail. Ces photographies sont accompagnées de notions écrites par un critique d’art et un ethnologue, questionnant la représentation des corps à travers l’histoire de l’art, ou mettant en lumière le travail des archivistes. En l’absence d’un sommaire et des numéros de page (remplacés par les dates de prise de vue de chaque photo), le livre invite à se perdre dans ce dédale de portraits et de notes, et à pénétrer un lieu habituellement clos, pour saisir, au plus près des corps et de l’activité intense qui y règne, les particularités de deux univers en mouvement.

Le livre La Cloison, le chantier des Archives a été conçu comme l’un des états possibles d’un chantier en tant que situation. C’est-à-dire un site traversé par une fonction (la conservation des archives), un projet (une nouvelle architecture) et divers enjeux socio-politiques (l’accès aux Archives facilité pour le public, la relation aux acteurs du projet, du côté des archives et du côté du chantier, ou le suivi du chantier confié à un artiste).

L’intention de transférer cette situation dans un autre site qu’allait devenir le livre nous a conduit à chercher une relation particulière entre photographie et texte. Partis de l’intention de faire de ce livre un index du chantier, sur le chemin de nos réflexions, nous avons rencontré le dictionnaire encyclopédique, la notice en particulier, élément qui constitue le cœur de son économie. A partir de ce format, très distinct de l’essai, les textes ont été moins envisagés à partir d’une fonction d’interprétation que comme éléments chargés d’un rôle propre dans une alternance avec les photographies publiées en séquence. Par cette alternance, la situation du chantier se réinstalle dans le livre. A l’issue de plusieurs visites en compagnie d’Arnaud Théval, Jean-Yves Petiteau, ethnologue, a prélevé des éléments du contexte. Pour sa part, Emmanuel Hermange, critique d’art, a élaboré un jeu de résonances à la fois historiques et contemporaines tant avec les photographies qu’avec la situation produite par l’artiste.


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Bruit
Ensemble de sons, d'intensité variable, dépourvus d'harmonie, résultant de vibrations irrégulières.
Pour de nombreux employés le chantier a été insupportable, rendant toute concentration impossible. Des casques pour les protéger du son ont ainsi été distribués aux employés des archives qui subissaient directement les nuisances.
Bruit reste un mot sans qualité, sa perception relève de la mesure. Écouter n’est cependant jamais une pratique objective. La perception du bruit dans la ville montre que l’intensité perçue varie du simple au triple si l’on en connaît ou non l’origine. Derrière l’apparente objectivité d’un constat, le mot est le plus souvent prononcé avec humeur, pour qualifier une réaction de défense ou de rejet. Le bruit est perçu soit comme une atteinte à l’intimité – c’est l’extérieur qui pénètre chez soi ou qui traverse les cloisons qui nous protègent – soit comme l’évocation d’une présence mystérieuse, étrangère et angoissante parce que non totalement reconnaissable. L’emploi métaphorique du terme est une conséquence de sa portée négative.
Le bruit ne s’oppose pas au silence, mais au son, écho d’une qualité identifiable. Il y a bruits et bruits : dans les bureaux et travées, les petits transistors accompagnent souvent les employés. Il y radio et radio : les transistors des archivistes ne développent pas la même intensité que ceux des ouvriers de l’autre côté de la cloison.
Extrait des notices de Jean-Yves Petiteau

Classement
Le dos est commun à l’homme, à l’animal, à la cuiller, à la colline, au chèque, ou encore au livre, que d’aucuns, dans ce cas, confondent souvent avec son opposé, la tranche. Tandis que le dos commence à parler du livre, de son contenu, la tranche, elle, reste muette. Les dos de femmes et d’hommes exposés au milieu d’espaces clos, et réunis dans une succession de pages, ressemblent aux livres tels qu’ils apparaissent sur les rayonnages d’une bibliothèque, tels qu’ils dialoguent entre eux à travers les auteurs, les titres et les maisons d’édition. « Le dos est envisagé comme la partie postérieure du tronc, quand la personne est vue de face ; il est alors souvent considéré comme une surface. » (TLFI) Le dos est le lieu du classement, de l’archivage. « Dossier », formé au XIIIe siècle, désigne, au XVIIe, « une liasse de pièces qui porte une étiquette au dos ». Le dos est une surface d’inscription qui résiste à la dispersion.
Extrait des notices d'Emmanuel Hermange

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Percevoir et être perçu
Au Salon de 1872, le jury refuse deux toiles de Courbet : un plat de pommes et une femme vue de dos. « Sa femme vue… de dos, commente Barbey d’Aurevilly, qui a l'air de faire quelque chose ; mais quoi ? C'est inquiétant avec M. Courbet ! » Sous le ton railleur, la critique semble dire ici qu’elle supporte mal ce qui se soustrait à son système d’interprétation, ce qu’elle ne peut passer au crible des grands récits avec son répertoire de gestes et d’expressions, ses typologies morale et sémantique. Soit deux tableaux de Pieter de Hooch : Femme buvant avec deux soldats (1658, Louvre) et Femmes buvant avec deux hommes, et une servante (vers 1658, National Gallery). Dans l’un, l’ivresse explicite que dénote le visage de la femme détermine une lecture morale univoque de l’œuvre, tandis que dans l’autre, où la femme est représentée de dos, debout, le verre à la main, devant deux hommes assis à une table, l’absence de visage suspend l’interprétation. [Todorov] Au cinéma, dans les années 1920, l’articulation ostentatoire de paroles est souvent interdite aux acteurs, cela fait mauvais genre. Lors du corps à corps tragique qui oppose le Dr Schön et Loulou dans Die Büchse der Pandora (1929), Pabst fait dialoguer les acteurs le dos tourné à la caméra. [Blonde] L’homme de dos comme équivalent et prolongement du muet, comme fondement ontologique de ce cinéma, c’est l’hypothèse de Beckett dans Film (1965). Buster Keaton sort de l’oubli pour jouer dans un film construit sur le principe d’un placement précis de O (« Object ») par rapport à E (« Eye », la caméra) : « Jusqu’à la fin du film O est perçu par E de dos dans un angle qui n’excède pas 45°. Convention : O […] fait l’expérience de l’angoisse de l’état d’être perçu seulement quand cet angle est excédé. » (Beckett) De l’inquiétude de ne pas percevoir à celle d’être perçu, telle est l’amplitude de l’homme de dos, entre objet et sujet.
Extrait des notices d'Emmanuel Hermange

 

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Proximités
(2003)

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Édition Joca Seria, Nantes
Livre d’artiste, 60 pages, 240 x 180 mm, ISBN 2-84809-001-4 • 20 €
Texte d'Emmanuel Hermange

Cette édition paraît avec un décalage de deux années après la mise en place du projet « proximités » au Grand Café et aux chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire. pLus qu’une mémoire du projet, elle a été conçue davantage comme un instrument de mesure de son actualité. A ce titre, le texte d’Emmanuel Hermange constitue un outil critique précieux qui nous permet d’appréhender au mieux les conditions et le contexte particulier dans lequel Arnaud Théval a élaboré son projet. (…) Le territoire, mais aussi les territoires de l’art constituent d’ailleurs une constante des invitations faites aux artistes par la ville de Saint-Nazaire.
"Proximités" en est un des jalons les plus explicites, mais aussi certainement l’un des plus faussement évidents.
Sophie Legrandjacques, directrice du Grand Café.

ww.lekti-ecriture.com
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Figures de proximités

Le portrait, le groupe, la foule
Disposées dans les espaces où marchent et circulent quotidiennement les personnes qui y font figures , les mosaïques d'Arnaud Théval introduisent une tension qui, semble-t-il, vient de ce qu'elles entretiennent des connivences
avec plusieurs genres et thèmes iconographiques, sans véritablement répondre à aucun d'eux. Si chaque figurant est bien photographié lors d'une rencontre particulière, et peut se reconnaître dans le montage final, pour autant, on ne saurait parler de portrait, tant la perception du corps-machine est prégnante. Il ne s'agit pas davantage d'un portrait de groupe bien que, Moholy-Nagy le rappelle, l'origine remonterait « au procédé naïf et néanmoins très habiles utilisé par les photographes autrefois qui consiste à créer une nouvelle image à partir de divers fragments ». Et de citer ces images où des individus, photographiés un à un, sont ensuite réunis par un montage. Enfin, si le thème de la foule vient le plus spontanément à l'esprit du spectateur, Gustave Le bon lui rappelle que « le fait que beaucoup d'individus se trouvent accidentellement côte à côte ne leur confère pas les caractères d'une foule organisée. » Constamment traité dans l'art depuis la Révolution, après avoir été un motif de l'histoire peinte des guerres de religions (les martyres décimés en nombre), le thème de la foule connaît semble-t-il aujourd'hui un regain d'intérêt -- sous une forme spectaculaire et dépolitisée. Quelques artistes y trouvent en effet une manière -- parfois simpliste -- de convoquer le sentiment esthétique du sublime. Peuplées de figures sans autre paysage que celui -- bien réel -- qui entoure la surface du support -- la matière --, manifestement, les mosaïques de Théval demeurent bien étrangères à la question du sublime. C'est davantage aux esthétiques populaires et satiriques, à leurs survivances dans l'art et la communication graphique, qu'il faut rattacher l'allure naïve des mosaïques d'Arnaud Théval. A la caricature et au portrait-charge, en particulier, en songeant par exemple aux études de têtes caricaturées déployées sans perspective sur une même feuille, celles d'un Carracci, d'un d'Hogarth, ou plus tardivement, d'un Louis Boilly, avec ces fameuses Trentecinq têtes .
Extrait du texte d'Emmanuel Hermange.


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Sous le soleil
(2004)

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Édition DLP, Nantes
Livre d'artiste, 12 pages, 15 x 21 cm couleur et un livret n/b agraphé
8 pages. ISBN 2-9521700-0-2
Texte de Stephen Wright

Sous le soleil constitue un ensemble de cinq installations réalisées dans le contexte urbain de la ville de Saint-Herblain. Le dispositif comprend des tirages numériques sur adhésif et contrecollé sur de grands panneaux de signalitique urbaine. Aucun cartel, ni indice d'un projet artistique n'est joint avec.

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L'événement du regard

« Comme les requins sont précédés de leur poissons-pilotes, notre regard est précédé d'un regard-pilote, qui propose un sens à ce qu'il regarde... Nous nous croyons bien à tort libres de ce regard. »
André Malraux, L'Intemporel

« Lueurs sensibles à qui les voit, cachées à qui les regarde » : c'est ainsi que, dans Les Fleurs de Tarbes , Jean Paulhan marque une distinction entre « regarder » (comme vision dirigée vers un objet) et « voir » (comme ouverture ou comme événement), pour souligner la puissance évocatrice de la signification qui se déploie à mesure que l'on s'abandonne à ce qui est donné à voir, là où on le voit. Quelle est cette étrange dimension qui échappe à qui cherche à la fixer du regard, et qui cependant est susceptible d'être vue ? Telle est la question posée par la démarche d'Arnaud Théval, qui postule qu'il existe des régimes de visibilité plus à même que celui de l'art à nous dessiller les yeux sur le réel. La caractéristique principale de Sous le soleil (Saint Herblain, 2002), comme de l'ensemble de ses interventions dans l'espace urbain et périurbain, me semble être leur très faible coefficient de visibilité artistique. Non pas que ses interventions soient dépourvues de qualités artistiques : elles sont bien au contraire fortement informées par des compétences propres à l'art. Ni non plus que ses interventions se cachent dans des sites obscurs où elles seraient difficilement visibles : elles sont tout au contraire de très grand format et occupent des lieux proéminents dans la cité. On les voit très bien du reste, mais puisque rien ne signale explicitement leur caractère ou leur ambition artistique (ni cartels, ni quelque indice que ce soit), on ne les voit pas comme étant de l'art. Certes on voit quelque chose, mais que voit-on au juste ? Répondre à cette question nous oblige à dissocier une pratique qui relève des arts visuels d'un art qui est forcément visible , et plus généralement d'interroger les conditions de possibilité de voir l'art.
Extrait du texte de Stephen Wright.

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