Dynastie(s) 2009_affiche 264 x 371 cm et support en bois
Installée dans le hall couvert du lycée
Lycée Heinlex, Saint-Nazaire (extrait du projet) avec les lycéens de 1ère Bac pro Maintenance des Équipements Industriels
Le lycée professionnel Heinlex semble avoir été construit caché. Il se découvre au détour d’un rond-point, derrière une petite cité HLM. Une première rencontre avec l’ensemble des enseignants me donne le ton. Le proviseur souhaite que je travaille avec les élèves de maintenance, un métier porteur qui s'inscrit dans la tradition ouvrière nazairienne. Nous décidons que rien ne doit être révélé aux élèves avant la rencontre.
Le jour de cette première rencontre, je suis cueilli à froid par une réflexion dans la salle des profs : un enseignant me prévient que les élèves ne veulent pas rencontrer de psychologue et qu’ils sont très hostiles à ma venue. Le groupe de vingt-quatre garçons m’attend dans la salle de classe. Je suis perplexe face à cet obstacle inattendu et l'échange démarre donc lentement. Je sens une réelle défiance dans les propos de certains, désamorcée par d’autres : la joute orale commence.
Le bleu de travail est-il objet de honte ou de fierté ? La partie de ping-pong débute, avec une succession de partis pris opposés. Entre la fierté des uns et le déni des autres, c’est une lutte qui s’installe, comme un jeu entre eux et vis-à-vis de moi. Les enseignants assistent « médusés » à cette liberté de ton que prennent les élèves : ils les voient autrement. L’ambiance dans la classe se charge, ça chambre fort (et certains en profitent pour appuyer là où ça dérange en abordant les surnoms). J'ai juste le temps de prendre une photo dans la classe avant que les élèves se rendent au vestiaire.
A peine en tenue de travail, la sonnerie retentit. La pause s’impose à nous tous ; on souffle. Deux lieux sont déterminants dans la vie du lycée : la sortie pour les fumeurs et le préau couvert pour les autres. L’occasion est inédite pour les profs de sortir avec les élèves. L’un d’eux a été élève ici-même en section maintenance. Dehors sous les yeux incrédules des élèves, l'ancien prof de maintenance de ce dernier arrive à son tour. Plusieurs générations se croisent comme dans une grande famille.
Roses Fantômes 2009_affiche 343 x 472 cm et support en bois
Lycée La Roseraie à Angers (extrait du projet) avec les lycéennes de de seconde Métiers et Industries de la Mode au lycée professionnel
L’équipe des métiers de la mode, au grand complet et enthousiaste, m’accueille pour préparer le projet. Dans la multitude des questions soulevées celle de la date de ma première venue est posée. La veille du 11 novembre est retenue mais elle ne doit l’être que par moi car lorsque je débarque, personne ne semble se souvenir de ma venue. L’enseignante est un peu embarrassée car il n’y a que deux élèves ce jour là, les autres ayant fait l'impasse. C’est donc vides que je découvre les lieux.
Vide encore cette impression que donnent les immenses couloirs décorés de quelques posters. C’est face à une assemblée exclusivement féminine et en présence des deux enseignantes que j'établis la discussion. Les élèves sont peu bavardes et ne semblent pas du tout passionnées par la mode ou en tout cas par la formation qu'elles s'apprêtent à suivre. Le silence s’instaure. Quelques regards gênés et quelques unes avouent presque sans le vouloir qu’elles ont des grands-mères qui ont été couturières. Une autre avoue avoir fabriqué un short. Quelques rires étouffés et plus rien. Dans la salle de cours, la situation ne se détend pas.
La série de portraits d’elles posant avec leur sac à main sous le regard des autres filles est surprenante. Pour chaque prise, je leur montre la photo et, à chaque fois, elles se trouvent horribles. Nous poursuivons avec la blouse blanche de travail, que certaines déballent le jour même, d'autres ayant déjà eu le temps de broder leur prénom dessus. Il y a d’un seul coup une véritable effervescence autour de cette séance d’habillage. Un parfum de plaisir flotte dans l’air ; elles ajustent leurs tenues, se recoiffent, retouchent leur maquillage. Elles se préparent comme pour une séance de photographie de mode.
L’incroyable se produit : elles se trouvent très belles et commencent à affirmer des positions plutôt élégantes devant l’appareil. Les regards se font plus séduisants et les poses aussi. Elles semblent prendre plaisir à poser de la sorte, mais dans la classe et en tenue professionnelle, c’est surprenant. L’improbable se poursuit alors que la sonnerie retentit : les élèves tardent à sortir en récréation et reviennent même un peu avant la fin de celle-ci.
Les aimants 2009_tirage numérique sur bâche 467 x 655 cm et châssis en bois
CFA et lycée professionel Narcé à Brain-sur- l'Authion (extrait du projet) avec les apprentis de seconde Parc et Jardins
Au détour d’une route de campagne, une architecture hétéroclite compose le décor de ce centre de formation d’apprentis. En toile de fond, une image d’Épinal, le clocher du village voisin et quelques champs cultivés bordés par un lotissement. Dès mon arrivée et une fois le projet exposé en détail, le nouveau proviseur, accompagné par l'enseignant chargé de suivre le projet, décide d'aller découvrir l'atelier mystérieux des apprentis de Parc et Jardins. Le local, une extension sans fenêtre, est au bout d'un immense bâtiment contenant les ateliers des autres formations. Arrivé en avance, je poursuis la visite des lieux. Celle-ci est révélatrice de la passion des apprentis pour la mécanique, celle pour les bancs de l’école semblant l’être un peu moins. Les apprentis font rapidement le tour des lieux. C’est la passion pour la mécanique qui libère la parole. Ils ont tous customisé leur scooter, en changeant chaque pièce. Ils personnalisent leur engin afin de devenir quelqu’un et de foncer sur les routes.
Les élèves se voient, comme les rois de la mécanique, les « pinces à épiler du carbu » ! Au moment de faire la photo de groupe, ils ont besoin de concret et foncent sur les tronçonneuses. Une équipée sauvage se met en route dans les contre-allées, certains démarrant même les engins.
Mais c’est plutôt le doute et la fatigue qui nous accompagnent. Et puis c’est lourd et long. Ils en ont vite assez et moi aussi. L’agacement monte d’un cran quand je propose de faire des portraits. Pour finir, l’enseignant rend des notes, accablantes pour certains. Ce n’est définitivement pas un bon jour. De retour, certains m’accueillent avec des couteaux dans les yeux. La tronçonneuse n’apportant pas grand-chose dans le projet, le « carbu », plus fédérateur, la remplacera pour démarrer la séance. Malgré le froid et les pieds qui traînent, nous repartons pour une autre déambulation. Un tas de pierre révèle les distorsions du groupe face au projet, certains filant se cacher derrière. Et comme rien de particulier ne se passe, je laisse le temps filer.
Ils tombent littéralement en arrêt devant une voiture. Dès lors, rien n’interfèrera : ils ont l’objet manquant. Ils tournent autour et regardent de plus près. L'appareil photo disparaît à ce moment là. Plus besoin d’outils, ni de carburateurs et encore moins d’artifices ; cette passion se trouve mise en évidence par une attirance presque physique : ils sont comme des aimants. L’attitude du groupe et le geste de l’un d’entre eux suffiront à me mettre à distance. Entre eux, un lien invisible mais terriblement rassembleur se révèle.
Retiens-moi 2009_trois affiches 250 x 180 cm, 250 x 388 cm, 250 x 180 cm, supports en bois
et ossature métallique
Lycée Polyvalent Jean Monnet aux Herbiers (extrait du projet) avec les élèves de de seconde bac pro Secrétariat et comptabilité
et avec le concours des élèves de terminale AVM (Aluminium, Verre et Matériaux de synthèse)
Ironie du sort, le jour de ma première venue au lycée correspond au grand moment de la photo de classe et du portrait d’identité à la chaîne. L’élève est prépositionné sur un emplacement, mais un peu perturbé par d’autres pas de couleur verte sur le sol. Le lycée n’a pas de clôture, il est ouvert de tous les côtés. Pourtant, les lignes de désir au sol indiquent quelques échappées. Je réussis à trouver les membres de l'équipe pédagogique et à les détourner, malgré moi, de leurs classes pour parler du projet autour d’un café. Durant cette pause, j’apprends que les élèves, principalement des filles, sont pipelettes et contestataires. Et comme ils n’ont pas choisi cette orientation, le bras de fer est rude. Surtout lorsqu’il s’agit d’aborder la question du « bien s’habiller ». La formation aux standards du métier n’est pas comme un vieux tube de rock’n roll, le tempo varie sérieusement.
La première révélation sur le métier est celle de la notion du confort au travail. Cela passe par l’organisation du bureau, le choix des couleurs et du fauteuil, une musique d’ambiance et un fond d’écran, pour créer un ensemble serein. Une photo de famille peut être disposée sur le bureau, mais elle ne doit pas être dirigée vers le public : il est important de ne pas mélanger vie privé et vie publique. Une polémique autour de la tenue de travail va enflammer les débats. Les esprits commencent à s’échauffer et certaines fortes têtes échangent leurs points de vue comme d’autres des coups de poings. Le duel entre le tailleur et le jean bat son plein sans qu’aucun des deux choix ne fasse l’unanimité. Mais le baggy (jean ultra ample), lui, est honni à jamais : « les gens nous jugent ».
La première série d’images est à l’image d’un casting. Les élèves interprètent une situation d’accueil, en venant vers le photographe. Sous le regard des enseignants et du reste de la classe, chacun ou presque s’essaye au défilé. On se retient de ne pas exploser de rire. Heureusement, la sonnerie de la récréation permet de relâcher la pression.
L’épreuve du défilé passé, arrive celle de poser au bureau et de simuler les attitudes d’apprentissage du métier. Ces séances révèlent la pression qu’ont les élèves : ne pas exploser de rire, se contenir, bien paraître, esquiver les remarques des autres, se représenter dans le bon rôle. Le petit bureau ne peut contenir que des petits groupes d’élèves, sans quoi, il eut été impossible d’éviter un naufrage collectif sur les rives du fou rire général.
C’est en tenue de travail que nous nous retrouvons la semaine suivante. Mais comme celle-ci n’est pas fournie par le lycée, chacun l'interprète à sa façon. Juste avant, nous regardons les photos de la semaine précédente ; ils se trouvent beaux et remarquent ceux dont l'image colle bien avec celle attendue du patron ou de la secrétaire. Puis, c’est le passage au vestiaire, improvisé pour l'occasion dans les toilettes. Les filles sont plus rapides que les garçons et quand elles surgissent par petits essaims, très énervées, c’est la stupeur pour les enseignantes. Certaines apparaissent dans des tenues de soirées, des vêtements portés élégamment ou de façon un brin provoquant. Elles apparaissent en presque adulte, un peu mal à l’aise dans des habits trop grands pour certaines ou très sexy pour d’autres.
Les garçons qui passent par là retiennent leur souffle mais pas leurs portables qui photographient discrètement la scène. On s’attend plutôt à une virée en discothèque, l’ambiance est légère, un peu dansante. C’est dans un brouhaha de rires et de commentaires ponctués de quelques sifflets, vite tempérés par les enseignantes, que les garçons font leur entrée en scène.
La marque noire 2009_tirage numérique direct sur aluminium 612 x 490 cm et structure métallique
Lycée professionnel Funay Hélène Boucher au Mans (extrait du projet) avec les élèves de seconde Hygiène environnement
C’est un véritable périple pour rencontrer l’ensemble de l’équipe pédagogique. Après une traversée de ce lycée labyrinthique, résultat d’un collage entre deux établissements, à peine joints par une petite porte, je parviens à une salle sombre située au rez-de-chaussée d’un bâtiment récent. Petit à petit, les différents acteurs de la section, exclusivement des femmes, sortent de leurs ateliers. Nous improvisons alors une rencontre préliminaire au cours de laquelle les élèves de la section hygiène environnement me sont dépeints. Bien sûr, l’étiquette de la femme de ménage est des plus dure à décoller. Quelle violence pour ces élèves lorsqu’ils doivent nettoyer leur lycée : ils sont vus par les autres comme les boniches de service. Impossible pour eux de sortir de leur bâtiment, ils sont sous-terrain et c’est tant mieux. L’architecture semble même avoir été pensée dans ce sens. Un rez-de-chaussée sombre et fermé pour les filières de « ménage » et le premier étage pour le restaurant d’application, dans la lumière, avec une terrasse et une vue imprenable sur le parc. Le petit groupe se forme pour que s’engage la discussion. A première vue, ils semblent égarés, à peine sortis du collège. Mais très vite, ils s’engagent sur le terrain du métier avec des descriptions des produits et des outils. Car il ne faut pas se tromper : si les autres les prennent pour des femmes de ménages, ils sont eux des agents de service et ça, « c’est pas la honte ». Ils ont la pression des autres et malgré les efforts réalisés sur leur tenue de travail, celle-ci est considérée comme moins classe qu’un bleu de travail. Les autres se moquent d’eux et ne semblent décidément pas comprendre ce qu’ils apprennent. Malgré ça, ils acceptent de se changer pour prendre la pause, du moins ceux qui ont pensé à venir avec leur tenue.
Les premières images sont investies comme des photos-souvenirs prises au cours d’un voyage scolaire. C’est moins simple pour les portraits individuels. Nous sortons dans le grand couloir sombre. Personne. Derrière une porte, une grande salle dans laquelle ils veulent absolument aller tout de suite. Les éclairages s’allument les uns après les autres sur une véritable caverne d’Ali Baba contenant mille ustensiles de ménage. Les élèves s’activent dans tous les sens pour me faire le détail de ces richesses. Le plaisir est manifeste, ils sont dans leur élément, à l’abri des autres. Nous ressortons avec le petit chariot bleu pour faire des portraits dans le grand couloir sombre dont l'éclairage intense accentue les surbrillances du sol archipropre. En cette fin de première rencontre, ils commencent à se sentir bien et se montrent sous un angle affectif. Ils semblent être attentifs les uns aux autres, ajustant la tenue de l’un, signalant un défaut sur l’autre.
Impatients de nous retrouver, nous nous préparons activement pour notre seconde rencontre. Dans la caverne d’Ali Baba, les élèves vont s’approprier à toute vitesse l’idée simple de jouer avec les outils du travail et révéler par là même leur grande capacité à l’autodérision. Dans l’effervescence la plus totale, chacun cherche comment se construire un look : c’est le carnaval avant l’heure. Mais pas de ridicule, juste des clins d’œil à l’histoire de l’art avec ce pierrot et des pauses de stars de cinéma pour d'autres. Pris au jeu, ils inventent des figures de mode totalement improbables. La caverne devient magique et la poésie s’invite doucement. Certains ont déjà franchi la porte de la caverne d’Ali Baba quand je les y invite pour faire une photo du groupe. Pas facile de s’improviser modèle en étant chargé comme un mulet ! A peine en place, le groupe est traversé par des cuisiniers plus ou moins hilares. D’autres élèves sortent la tête des salles de cours, le remue-ménage ne passe pas inaperçu.
L’issue 2007_affiche 240 x 310 cm et palissade
Installée dans le sas extérieur long d’environ 50 mètres entre le lycée et la voie publique.
Lycée Rabelais, Fontenay-Le-Comte (extrait du projet) avec les lycéens de 1ère Bac pro maintenance.
D’emblée le collage entre l’architecture du lycée et les toits des ateliers reprenant ceux
des usines me frappe, le « choc visuel » se poursuit avec la découverte du vestiaire des élèves de maintenance. Un vestiaire comme à la mine, avec des cages grillagées,
cadenassées et un imposant lavabo commun au milieu. Avant de rencontrer ces élèves
de maintenance, on m’explique qu’ils ont beaucoup de mal à être en bleu de travail, c’est
dégradant. Notre premier face à face démarre avec la question de la tenue de travail,
nous dérivons sur ce fameux vestiaire, pour eux, pas de problème pour se changer. À
peine entré dans le vestiaire et c’est le premier accrochage entre un enseignant et un élève, déjà exclu il y a peu de temps. Le lieu révèle vite sa tension, plus tard d’autres élèves se bagarreront en attendant que le vestiaire ouvre. Sans détours, je leur demande
de se changer comme à leur habitude, ils le font sans s’irriter de ce regard permanent
sur eux, transformant leur intimité en mise en scène.
Ils échangent manteaux contre les blouses bleues et autres cotes de travail, mettent
leurs chaussures de sécurité et gardent pour un moment encore leurs baskets à la main.
Le bleu sur le dos et les baskets à la main, leur image oscille entre deux identités. À ce
moment précis, la paire de basket n’est plus cet objet banal mais le révélateur de chaque
identité. Je remarque cette fragilité et leur demande de les garder à la main pour une
visite touristique du lycée. Nous voilà dans l’atelier de travail, quelques portraits de
groupes sous les yeux interloqués des autres élèves. Quelle direction prendre ? pas la
grande cour, plutôt une sortie par la porte dérobée de l’atelier. En sortant, la situation
est forte, je propose une photo de groupe. L’un des élèves m’interpelle en critiquant la
forme même que prend le groupe, je lui propose de s’en détacher. Dans le même temps,
dans mon dos, une scène attire toute leur attention. Ils sont captivés par un autre genre
d’interpellation plus policier celui-ci. Ils m’oublient totalement. La tension est vive et
l’inquiétude réelle, celle-ci devient centrale dans l’image que je retiens où cette double
identité est en jeu au moment clé de la sortie.
C’est précisément dans le lieu de la sortie que je choisis de venir installer l’affiche. Un
couloir à ciel ouvert entre deux pavillons, un « no man’s land » entre voie publique et
lycée, servant de zone fumeur. Aucun enseignant n’empreinte jamais ce passage.
Impossible d’y planter une palissade, c’est un accès pompier, c’est donc sur le portail que
j’installe l’image. Il pleut le jour de l’accrochage, nous construisons le support en bois
sous la pluie et sous le regard des élèves impliqués et détrempées. Certains m’aident à
coller l’affiche, d’autres grillent nerveusement une cigarette en m’affirmant que l’affiche
ne tiendra pas ! Et puis elle est grande cette image, ils prennent conscience du risque
encouru et à la fois ils s’envisagent déjà comme des stars.
Une semaine plus tard, l’enseignante ayant suivi le projet m’alerte sur l’état de l’affiche !
Elle est déchirée et ça s’accentue de jour en jour. La pluie et les bouts d’affiches
décollées ont permis à d’autres de s’en prendre à cet intrus sur leur territoire. Je décide
de faire retirer l’affiche et de venir en parler aux élèves. À ma grande surprise, ils sont
fiers de la réalisation et rejettent la dégradation sur des plus jeunes jaloux qui n’ont rien
compris. D’ailleurs si l’affiche devait être réinstallée, c’est au même endroit qu’ils
aimeraient la voir. Le proviseur quant à lui souhaiterait la voir dans le hall de
l’administration…Curieux renversement que produit cette photo des « mauvais élèves » à
l’image si dégradée.
Le vestiaire 2007_mémory interactif sur ordinateur.
Ce jeu est réalisé à partir des portraits individuels des élèves à deux moments différents de leur changement de tenue. Le protocole proposé est le suivant : j’ai filmé une phase de ces changements de tenues dans le vestiaire, puis 15 jours plus tard nous visionnons la séance et travaillons sur les gestes particuliers des uns et des autres, afin de mettre en boucle les différents gestes, transformant la ritualisation en chorégraphie.
Les deux photos retenues par élève sont celles dans lesquelles s’opèrent quelques glissement entre les deux phases, parfois une paire de baskets remplace les chaussures de sécurité, parfois la tenue civile est complétée avec des chaussures de sécurité. Cette situation d’image est singulière, puisque tout le groupe assiste au changement de tenue individuel, avec beaucoup de respect les uns pour les autres. Pour renforcer cette relation à chaque individu dans le cadre de ce jeu, je leur demande de m’envoyer par mail, un élément sonore représentatif pour chacun. Ils puisent dans des bruitages d’un ordinateur pour me proposer une « illustration » individuelle. Cet élément est mon point de départ pour créer en mixant d’autres sources sonores, un portait musical juxtaposé à leurs photos.
Le but du jeu est de reconstituer des duos d’identité, constitués de deux images différentes de l’élève et représentant d’une certaine façon cet état d’entre-deux.
Super X 2007_affiche 250 x 335 cm + construction d’une palissade
Installation dans la cour du lycée Professionnel.
LYCÉE BERTIN, SAUMUR (extrait du projet)
Avec les lycéens de 1e Bac pro Hôtellerie
Deux heures de retard, des bouchons en quittant Nantes. Les lycéens du Bac pro
hôtellerie de Saumur ne m’en tiennent pas rigueur. Volubiles, ils se livrent même une
heure et demie durant. Leur futur métier, les contraintes de leur formation, tout y passe
dans cette salle de classe dont j’ai cassé le bel ordonnancement en agençant les tables en cercle. Il faut qu’ils se gomment, m’expliquent-ils. Cheveux rouges, gourmettes,
piercings, tatouages, tout doit disparaître... Leur image doit être la plus lisse possible
pour s’effacer derrière la carte des menus. Paradoxe d’adolescents qui, dans leur vie
quotidienne, se construisent avec divers instruments, tout en se déguisant en « pingouin » à l’école. Ce costume, c’est pourtant leur fierté. Les serveurs, corps d’élite
de l’établissement scolaire, sont parfois traités de « bourgeois » par leurs camarades
d’école. Forcément, ils ont l’impression d’être un peu de la haute.
Je leur demande dans quel lieu clé, ils souhaitent que je réalise une photo de groupe.
Devant Super U, répondent-ils en choeur. Super U, là où ils achètent leurs sandwiches,
leurs bières, là où ils se lachent, où ils aiment se retrouver. À mesure que nous gagnons
l’endroit à pied, le groupe se scinde en deux. Les Super favorables et les Super contre,
l’enseigne de l’hypermarché est évidemment bien loin de représenter leur corps de
métier. On ne joue pas avec ça, protestent certains. Je décide de mettre un terme à
cette journée plus que productive. Une semaine plus tard, me voilà de retour. Le groupe
est très motivé. Tous ou presque ont revêtu leur tenue de travail comme je le leur ai
demandé huit jours plus tôt. Dans cette journée de prise de vue, je procède à quatre
séances : une dans la salle du restaurant d’application, une où ils doivent libérer leurs
gestes, une où ils montrent dans la main les objets qu’ils doivent retirer durant le travail
et une desdits objets, il s’agit presque d’un hold up sur leur intimité. Je les embarque sur
une terrasse interdite aux élèves. J’aime travailler ainsi, en transgressant sans trop le
savoir les règles du jeu. La moindre bosse permet souvent d’aller vers quelque chose
d’inattendu. Quand je stoppe la prise de vue, j’aperçois au fond de la cuisine un panier
de linge sale avec trois sacs de couleurs bleu, blanc et rouge. Comme une collision avec
les couleurs du logo Super U... Je le prends en photo.
Le résultat de ces différentes phases de travail est présenté le 13 septembre 2007 à
Saumur. Une immense affiche, en exemplaire unique, est plantée dans la cour du lycée
sur une palissade dressée pour l’occasion. J’ai cherché un lieu susceptible de faire naître
de la tension, un endroit qui génére la polémique. Au milieu de la cour, je prends tout le
monde au dépourvu. Les élèves photographiés qui se voient grandeur nature, leurs
camarades des autres filières, le proviseur et tout le corps enseignant. Je ne cherche plus
seulement l’adhésion à une oeuvre artistique, mais un choc sensible. Personne ne peut
toucher plus à cette affiche. Tu l’enlèves, tu touches à une histoire. À la mémoire.
Manifeste Bleu
LYCÉE BERTIN, SAUMUR (extrait du projet)
Avec les lycéens de 1e Bac et Terminal BAC pro Menuiserie
Manifeste Bleu 2007_affiche 250 x 350 cm + construction d’une palissade
Installation dans la cour du lycée Professionnel.
Que puis-je comprendre d’eux, autrement qu’en me satisfaisant d’un récit technique, d’un savoir faire renvoyant à un catalogue d’objets (portes, fenêtres etc.). Autour d’une table, c’est la langue de bois et une certaine retenue, voire une gêne qui dominent. Sur le terrain de l’atelier, les corps « prennent forme », les habitudes d’un esprit de corps semblent surgir. Lors de notre visite des ateliers, un enseignant de peinture nous raconte que ce que l’on voit « in fine » d’un chantier, ce sont les finitions en peinture, pas le travail des menuisiers. Aucun ne bronche – un écho au discours de l’administration qui évoque cette discrétion de ce corps de métier – nous poursuivons. Ils me montrent leur boîte à outils, symbole d’une appropriation individuelle du métier. Après une série de portraits dans l’atelier, je leur propose de faire des images du groupe en extérieur. À la vue de tous, ils prennent la pose. L’image que je retiens est celle dans laquelle apparaît un « esprit de corps », au sens d’une appartenance à un groupe social déjà bien inscrit dans le corps de l’élève. Tous mettent les mains dans les poches du bleu, sauf un qui debout sur sa boîte semble vouloir éviter l’amalgame au groupe – j’apprendrai plus tard que c’est le seul élève du groupe à abandonner la filière !
Cette représentation contient un réflexe inconscient du groupe, dont les postures corporelles portent déjà l’empreinte d’un corps de métier. Après plusieurs discussions avec les enseignants, il apparaît que cette attitude est combattue en atelier, elle renvoie une image d’inactivité ! Néanmoins, ils l’adoptent collectivement en toute liberté, pour une représentation dont ils savent qu’elle va être exposée. Cette image est porteuse de la suite du projet, elle contient le potentiel d’une prise de position physique du groupe dans l’espace public du lycée, une inversion de tendance.
Manifeste Bleu 2007_affiche 40 x 60 cm (pliée en quatre)
Diffusée à l’entrée dans le lycée le jour de l’installation.
Ce « manifeste » est un multiple imprimé à 1 000 exemplaires, revendiquant les différentes actions menées avec les menuisiers dans l’espace du lycée. Suite à notre première rencontre, je leur propose de construire des formes avec leurs boîtes afin de les engager avec leurs compétences et leurs sensibilités dans le projet. Les lieux retenus sont ultra-symboliques : la sortie du lycée, où la forme cercle retenue enserre le portail créant ainsi un effet d’ouverture – image renvoyant aux grèves ouvrières – paradoxe de la situation, l’ouverture bloque le portail et génère une situation de crise. Ce moment est précisément celui où tous les élèves sortent du lycée. Les discrets menuisiers deviennent le centre de toutes les interrogations et des regards incrédules de tout le lycée. Nous résistons aux injonctions de lever la forme, pour finir les portraits sur la forme ronde. Suite à cette première « construction », le groupe est galvanisé et conscient de sa forte cohésion. Les deux autres lieux retenus sont l’atelier (ils réalisent une larme, sous les yeux stupéfaits des premières années) puis ils choisissent de réaliser un rectangle dans le bureau du proviseur. Ce dernier étant absent, ils se retournent vers celui du proviseur adjoint – qui accepte – et réalisent le rectangle passant sous le bureau. En partant, l’un d’entre eux laisse sur le bureau une étoile en bois. Aucune emprise ne semble contraindre ce groupe, sous leurs apparences calmes et réservés, ils se révèlent audacieux et s’engagent en toute liberté.
L’esquive 2007_affiche 322 x 435 cm + construction en bois.
Installée sur le bâtiment des élèves du lycée professionnel, au-dessus d’un préau.
Avec les lycéens de la filiale Mise en Œuvre des Plastiques au lycée Le Mans Sud
LYCÉE LE MANS SUD, LE MANS (extrait du projet)
Avec les lycéens de la filiale Mise en Œuvre des Plastiques
Les « MOP », c’est comme ça qu’on les appelle. Dans cette énorme cité scolaire de 2000 élèves (dont 500 en filière professionnelle), j’ai travaillé avec cette section du lycée Le
Mans-Sud. « MOP » signifie « Mise en oeuvre des objets plastiques ». Par extension, c’est
le surnom qu’on a collé à ces élèves qui apprennent à régler des machines et à s’assurer
de leur bon fonctionnement. Nous entamons la discussion dès mon arrivée dans la
classe, mais je sens bien vite que ces adolescents sont dans une position de défiance à
mon égard. Je décide de réaliser une série de portraits d’eux, en « tenue de ville ». Tous
sont très stylés. Flingues, panthères, tête de mort, pitbull, les différents motifs qui ornent
leurs vêtements relèvent d’une esthétique qui contraste avec leurs personnalités
apparemment cool.
Je leur propose ensuite de me conduire à leur atelier afin d’effectuer d’autres photos, en
bleu de travail cette fois. La lutte commence. « On n’a pas la clé de la salle, Monsieur. »
« Pas grave, je vais la demander à votre professeur ». Je m’exécute. Une fois à l’intérieur
de l’atelier : « On n’a pas la clé des casiers, Monsieur. ». « Pas grave, je vais les
demander à votre professeur ». Je sais qu’ils se moquent de moi : « Tant pis, c’est fini
pour aujourd’hui. On arrête, on va manger. » Au self, je m’assieds à leur table, les
interroge sur leurs goûts musicaux, parle « Ipod ». Ils me prennent pour un ovni.
La semaine suivante, sur les quatorze élèves avec qui j’ai théoriquement rendez-vous,
dix sont aux abonnés absents ! Puisque je suis là je vais quand même faire quelques
photos avec ceux qui sont présents. Je transforme leur atelier en terrain de jeu. En
apprentissage, les MOP sont généralement en binômes et se crient des trucs d’un bout à
l’autre de la machine. Lors de la séance, je leur demande donc de rattraper des objets. « Pourquoi ? », me questionnent-ils. Ce sera une surprise. Je quitte les quatre élèves à
midi, mais avant de reprendre la route, je passe voir le proviseur en réunion avec ses
professeurs d’ateliers. Je leur propose de revenir à l’improviste afin de « surprendre » les élèves dans l’usine.
Ce que je fais effectivement quelques jours plus tard. Là, ils sont coincés, mais leur refus
est tenace. « Qu’est-ce que vous allez faire de notre image ? Et puis, en bleu de travail,
c’est pas nous... » Pour preuve, un élève a été jusqu’à reproduire le sigle Nike avec du
Blanco sur ses chaussures de sécurité. Je m’interroge : je continue ou j’arrête ? Si
j’arrête, c’est une défaite pour tout le monde, c’est inopérant d’un point de vue
intellectuel. Je trouve un compromis : « Si vous ne voulez pas poser en bleu de travail,
c’est qu’il y a une raison. Ce refus, je veux que vous l’assumiez dans l’image. » Je prends
donc une série de photos. Certains se la jouent « caïds », d’autres n’en ont rien à faire
du projet et se positionnent en retrait. J’en garde une, réalisée dans les dix premières
minutes de la séance. J’y vois une transcendance qui est de l’ordre du mannequinat. Je la
retravaille plastiquement, la bleuit. Plus tard, je leur montre l’image du projet, leur
demande s’ils veulent bien que je l’affiche dans le lycée, ils n’y sont pas opposés. Ce sont
même leurs professeurs qui placardent sur la palissade l’image de leurs élèves. Dans un
deuxième temps, je réalise un jeu vidéo « Dégriffmop » dont le principe consiste à aider
les « MOP » à retrouver leurs marques. Le jour de la présentation du jeu, il n’y avait
aucun absent.
SOUS LA PEAU 2007_affiche 263 x 373 cm + construction
Installation dans le hall d’entrée du lycée Professionnel.
LYCÉE LENOIR, CHATEAUBRIANT (extrait du projet- diaporamas en construction)
Avec les lycéens de 1e BEP Conduite et services dans les transports routiers
Devenir routier ! l’imaginaire tourne à fond, mais je ne sais pas du tout où en sont les élèves
avec ça ? Je ne suis pas déçu par l’accueil de la « bande de gars », pas de retenu dans nos échanges le tout dans une ambiance de franche camaraderie. Ils revendiquent
l’appartenance à ce rêve de liberté, de puissance sur la route, l’amour des grands espaces
et des peluches. Pourtant ils hésitent : à habiter le rôle, en récusant l’imagerie stéréotypée
du gros bras dragueur et à se défaire du cliché de la cabine de camion décorée de peluches,
de posters et de la fameuse plaque personnalisée au pseudo du camionneur ou à
franchement y adhérer comme une marque de fabrique, une identité quasi clanique, une
fierté transmise de génération en génération.
Lorsque, je leur demande de me conduire dans leurs espaces de travail du lycée,comme
une évidence, ils décident de me montrer leurs chambres à l’internat Je découvre les murs
décorées de posters de camions, de dessins de moteurs, des draps de bains aux motifs de
camions... Ils habitent leur rêve en permanence et tout dans le lycée les y conduit. L’atelier
de mécanique et les autres salles de travail sont aussi décorés avec des posters de camions
de différentes générations. Chacun a pourtant sa préférence, de la bétaillère au superbe
truck américain et tous ont déjà choisi leur surnom pour la plaque à mettre derrière le pare
brise.
Le portrait collectif révèle un groupe homogène dans lequel l’agressivité des plaisanteries est
la norme. Mais ce groupe n'a pas une image qui s'impose pour afficher son appartenance à
l'univers des routiers. Pour ma seconde venue, je leur demande de venir avec leur peluche
qui sera de tous les voyages. Je choisis un lieu clos et clé dans leur espace de formation : le
pont qui sert à décharger les marchandises. À la stupeur générale, je leur demande de poser
torse nu. Le groupe accepte, mais tous ne le feront pas. La situation devient électrique, il fait
froid. Les autres élèves et enseignants des alentours sont estomaqués, un geste de défi d’un élève routier au premier plan et la situation s’arrête très vite.
Puis j’incruste virtuellement sur chaque élève un tatouage choisit par celui-ci, rejouant ainsi
le cliché du routier tatoué et costaud. Sauf que la réalité de ces corps-là et les motifs de leurs
tatouages ne correspondent pas complètement à l’attente. Cette distance opérée par le
subterfuge de l’oeuvre touche à nos croyances envers des clichés portés par les futurs
routiers eux-mêmes ou projetés par ceux qui les regardent, ceux qui les forment et ceux qui
les font rêver. Cette part d’invisible, cette adhésion à une identité partagée, c’est « sous la
peau » qu’elle se trouve, une incrustation lente et certaine, dont l’oeuvre ici se joue.
Le lieu que je choisis pour inscrire l’oeuvre dans le lycée est le hall incontournable de
l’entrée. Je construis une palissade du sol au plafond devant le local de la vie scolaire. Cette
construction va par l’espace qu’elle produit, provoquer le regard de tout le monde. Lors du
collage de l’affiche, les élèves routiers demeurent invisibles, cachés, rouges de honte. Les
autres sont scotchés, entre incrédulité, ironie et jalousie. Certains enseignants sont très
virulents sur le fait même de l’oeuvre, d’autres interpellent le proviseur : « Vous osez
interdire les filles en mini-jupe et le nombril à l’air ! et vous autorisez les routiers torse
nu !!! ». La presse en fait sa une : « les poids lourds en tenue légère ». Pour le vernissage,
j’ai fait imprimer un poster de la même image, que tous ont fièrement dédicacé.
La peur bleue 2007_jeu de cartes / bataille de 32 cartes avec étui en plastique.
Cartes imprimées par les élèves imprimeurs et étui réalisé par les élèves en plasturgie du Lycée Le Mans Sud.
Réalisation graphique : Anima Production / Jean Depagne
LYCÉE LÉONARD DE VINCI, MAYENNE (extrait du projet- diaporamas en construction)
Avec les 48 lycéens de 1e BEP pro Métiers de l’imprimerie.
Suite aux rencontres avec l’équipe administrative et avec des élèves « poissons pilotes d’un mercredi après-midi » et sans que nous ayons trouvé une possibilité de réunir une classe pour le projet, c’est donc les 48 élèves de la section qui seront, selon leur volonté, dans le projet.
Le jour de ma venue, je « débarque » en plein cours de l’atelier d’imprimerie. Les élèves travaillent par petits groupes de 4. Ils ne sont pas au courant (me disent-ils) de ma venu. J’engage le projet dans une relation de un à un. La relation au groupe ne tient pas, personne ne semble y tenir. Je propose à chaque élève, après lui avoir expliqué le projet, de faire une série de portraits – en bleu, en civil, en état de pause – tous acceptent.
Puis surgit l’accident, une élève ayant une côte à moitié ouverte, le bas flottant, se fait marcher sur « le bleu » par une autre élève. Cette situation me frappe, elle fait apparaître une forme nouvelle qui projette l’image de l’élève dans un univers majestueux, une reine. De la timidité à la grandeur de la figure évoquée, le drapé du vêtement permet l’incroyable écart.
Je propose à tous les élèves de porter leur bleu de travail à l’envers, une sorte de recto/verso à l’image. Je réalise des portraits individuels et des scènes de petits groupes. Ils investissent la situation individuelle très fortement, sans retenue. Mais rien dans les images de groupe puisqu’il n’y a pas eu de situation de groupe à proprement parlé, le projet se concentre sur cette crispation autour de l’individu en opposition à la figure du groupe.
Le travestissement proposé pointe leurs capacités à habiter le bleu comme ils le souhaitent. Une proposition qui rend le corps insaisissable, un corps et un caractère accentués par le jeu du retournement (parfois c’est l’inverse qui se produit, l’équilibre est fragile). La fierté des figures est palpable, même si au début c’est bien l’aspect ridicule qui surgit. Certains enseignants ne manqueront pas de témoigner de leur inquiétude face à « l’image » que peut renvoyer ce projet vers les entreprises partenaires du lycée. La tension ou la peur autour de ces images et de leurs usages sont en permanence remis sur la table des discussions. Y compris le jour où tous sont réunis pour la première fois, pour le projet – 8h00 à 10h00 un vendredi matin -, je peux aborder les enjeux du projet en montrant les images à tous et voir s’ils acceptent ou pas la proposition. La présence des élèves est un marqueur de l’intérêt et de la curiosité qu’ils accordent au projet. Ils acceptent, sans réserves.
« La peur bleue » montre des élèves qui s’affichent dans un jeu de double identité, deux figures mêlées, entremêlées. Toutes les projections sont désormais possibles, le corps n’est plus contraint à assumer ce difficile statut de l’ouvrier - ce passage de l’empêchement à la fiction permet d’échapper au stéréotype.