Le portrait, le groupe, la foule
Disposées dans les espaces où marchent et circulent quotidiennement les personnes qui y font figures, les mosaïques d’Arnaud Théval introduisent une tension qui, semble-t-il, vient de ce qu’elles entretiennent des connivences avec plusieurs genres et thèmes iconographiques, sans véritablement répondre à aucun d’eux. Si chaque figurant est bien photographié lors d’une rencontre particulière, et peut se reconnaître dans le montage final, pour autant, on ne saurait parler de portrait, tant la perception du corps-machine est prégnante. Il ne s’agit pas davantage d’un portrait de groupe bien que, Moholy-Nagy le rappelle, l’origine remonterait « au procédé naïf et néanmoins très habiles utilisé par les photographes autrefois qui consiste à créer une nouvelle image à partir de divers fragments ». Et de citer ces images où des individus, photographiés un à un, sont ensuite réunis par un montage. Enfin, si le thème de la foule vient le plus spontanément à l’esprit du spectateur, Gustave Le bon lui rappelle que « le fait que beaucoup d’individus se trouvent accidentellement côte à côte ne leur confère pas les caractères d’une foule organisée. » Constamment traité dans l’art depuis la Révolution, après avoir été un motif de l’histoire peinte des guerres de religions (les martyres décimés en nombre), le thème de la foule connaît semble-t-il aujourd’hui un regain d’intérêt — sous une forme spectaculaire et dépolitisée. Quelques artistes y trouvent en effet une manière — parfois simpliste — de convoquer le sentiment esthétique du sublime. Peuplées de figures sans autre paysage que celui — bien réel — qui entoure la surface du support — la matière —, manifestement, les mosaïques de Théval demeurent bien étrangères à la question du sublime.
Extrait du Texte d ’Emmanuel Hermange.
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