L'animal me garde

Arnaud Théval et Pauline Boyer L'animal me garde (2021), film. Centre Photographique Marseille.
Arnaud Théval et Pauline Boyer L'animal me garde (2021), film. Centre Photographique Marseille.

L'animal me garde
film, 23 minutes.
Texte et images  : Arnaud Théval
Composition sonore  : Pauline Boyer
2021

Cette pièce est présentée dans l'exposition Ensemble(s) du 10 mars au 4 avril 2021.

Pour cette commande, l'épineux problème est celui de ne pas reconduire les mêmes propositions standardisées sur les grands ensembles d'habitations populaires et leurs habitants. Où se situer sans être manipulé par des stéréotypes parfois attendus, ou alors générer soi-même une forme artistique prise entre deux croyances, souvent cataloguée dans un hors-champ de l'art  ? Mal vu, pas vu...le malentendu est persistant. À l'instar des animaux en montagne, comment créer des chemins de traverses ou emprunter ces lignes de désirs urbaines pour répondre à la commande sans s'y perdre  ?

L'idée que je me fais d'une ville se trame dans mon imaginaire irrigué par des clichés de tout poil. Il y a ces images hypnotiques, violentes ou poétiques sur les quartiers du nord de Marseille, dont certaines me renvoient à ma propre enfance au pied d'immeubles à la lisière d'une autre ville. L'image de l'oiseau en cage me revient comme une sensation d'enfermement et d'ennui au pied de ces architectures verticales. En même temps, une autre mémoire fait surface, celle d'un attrait pour l'animal tapi dans le fossé des promenades d'alors. Sur la route des quartiers nord, je retrouve les amorces de chemins oubliés.

L'animal me garde

Le film «  L'animal me garde  » se faufile dans les méandres de nos relations aux figures animales. Ma pensée s'est développée à partir de rencontres dont le prétexte fut leur présence (domestique, imaginaire, sauvage), puis construite par d'autres lectures et regards (philosophiques, artistiques). Les représentations de l'animal habillent nos vêtements, nos emballages alimentaires, elles décorent nos murs et se font domestiques pour notre plus grand bien. J'ai découvert que l'animal, en étant une autre figure de l'altérité, devient celui que l'on sauve et qu'enfant on voit disparaître dans une première rencontre avec la mort.
En enquêtant sur les chemins composites des imaginaires populaires, je me suis découvert dans ma propre relation à l'animal. Ma tendresse pour leur fragilité semble paradoxalement mettre à distance la mienne. Nos échelles de vie sont si différentes que mon attachement à eux paraît indéfiniment reconductible et périssable en même temps. Pourtant dans nos récits d'avant, ils occupaient en plus grand nombre et physiquement les lisières de nos vies. Un peu comme si l'animal était un gardien du temps, l'ultime témoin silencieux de nos cheminements vagabonds.

Arnaud Théval et Pauline Boyer L'animal me garde (2021) film.
Arnaud Théval et Pauline Boyer L'animal me garde (2021) film.