Il était une fois (3)

Il était une fois .. Prison miroir

Arnaud Théval Le tigre et le papillon (2019) format variable.
Arnaud Théval Le tigre et le papillon (2019) format variable.

Antimonde*, domestique et plis
Quelque part dans la cité, des personnages se croisent en nous prenant à témoin de leurs échanges. Dans la solitude des champs de coton  de Bernard Marie Koltes installation cinématographique réalisée par Caroline Caccavale et Joseph Césarini, il est question de la place de l'un et de la place de l'autre à une heure où les relations entre les hommes et les animaux deviennent sauvage nous dit le texte. Le dispositif vidéo, justement, nous situe en tant que spectateur entre les deux protagonistes qui sont peut-être cent. Nous voilà impliqué d'un monde interlope, d'un  antimonde  que nous animons de nos désirs et de nos peurs. Nous en sommes les témoins inertes, intouchables et apeurés face à la violence qui découle de nos fantasmes ou de nos choix inavoués. Nous sommes dans la porte qui sépare les deux univers, confortablement installés dans un fauteuil et indisposés à la fois. Notre seule possibilité est de pivoter sur nous même pour tenter de nous dérober à ces images qui nous assiègent. La peur change-t-elle de côté un jour ? Dans la cellule abandonnée, face au dessin du tigre en colère bondissant sur un papillon lui échappant, sur le mur de la cellule, je m'interroge de le sens de ce bondissement. Quelques années plus tard je retrouve la même association entre  le tigre et le papillon,  gravée sur la peau d'une surveillante. La scène s'est apaisée, le sauvage y est domestiqué. La frontière entre les deux états est mince et la personne qui vit sur ce seuil peut en être ébranlée et son corps osciller entre ombre et lumière dans les décombres d'une architecture à bout de souffle. La faille est mince et le filet de lumière ténu, mais le pli du mur permet encore les surprises. Dans la nuit de la prison vide, l'obscurité me joue des tours et les fantômes s'agitent parmi les détritus et les rats qui se traînent, mourant. Les lumières sont inexistantes, elles ont abandonnées l'édifice, mes coups de flash saisissent ce que la mort enrobe sans faiblesse.

* Antimonde d'après Roger Brunet

Arnaud Théval

Lieux fictifs  Dans la solitude des champs de coton
Une adaptation du texte de Bernard-Marie Koltès par Lieux Fictifs.
Une installation cinématographique sur quatre écrans avec 18 personnes détenues de la prison des Baumettes et 9 habitant.e.s de la ville de Marseille.