Il était une fois (4)

Il était une fois ... Prison miroir

Arnaud Théval Un jardin, cour de promenade pour femmes (2019) 260 x 433 cm, tirage affiche.
Un jardin, cour de promenade pour femmes (2019) 260 x 433 cm, tirage affiche.

Dieu, l'assiette, émoi
À la sortie des tribunaux, il n'était pas rare que la personne condamnée se masque les yeux avec son bras et se faisant nous révelait quelques blessures sur sa peau. Face à la cruauté de la situation photographié, le paysage de sa souffrance débordait de la scène, vulgairement, sans filtre. Tiziana Banchieri nous propose dans son film Mirage une approche lente et langoureuse de la relation de ces corps à leurs images désirées. Comment nommer celles et ceux enfermés ? Détenues, Assiettes, Voyous, Clients ? Elles se saisissent de l'écriture comme un outil d'invention de soi, en attendant qu'on les appelle. Pour autant qu'elles souhaitent qu'on les sorte de l'oubli dans lesquelles elles se réfugient, avec jouissance parfois. Dieu n'est jamais loin, il se glisse entre les pages d'un livre et avec leurs croyances nous voguons sur une mer d'or à la recherche des images perdues. À moins que ça ne soit les désirs d'amour et de sexe qui percent l'horizon des murs comme sur celui que j'ai photographié dans la cour de promenade d'une maison d'arrêt. Le paradis terrestre attendra qu'elles ne retrouvent un nom afin que les objets du désir ne soient plus seulement des images.

Arnaud Théval

"Mirage" Tiziana Banchieri (France - 2000 - 0h40), "Entre le désir et le possible, il y a le jeu de la liberté ... J’ai choisi l’improvisation pour donner un espace au jeu des formes, des corps, des lumières et de l’âme. En complicité avec deux femmes interprètes qui, de l’intérieur, se filment, écrivent leurs dialogues, participent au jeu de la création comme unique forme possible de liberté." Production Lieux fictifs.



Arnaud Théval Se frayer un chemin entre (2019) 234 x 395 cm, tirage affiche.
Se frayer un chemin entre (2019) 234 x 395 cm, tirage affiche.

 

Il était une fois, déchirures et diaboliques
Si la photographie ment, son illusion de montrer la réalité est parfaite. Dans les photographies de personnes détenues, je me demande si cette présence à l'image des corps dévoilent de ces personnes leur réalité de sujet ou si le photographe leur invente sa réalité en les assujettissant à ses projections  ? Dans le film L'épreuve du vide de Caroline Caccavale et d'Abdoulaye Diop Dany, l'image se trouble, la netteté échappe invitant le spectateur à ne pas s'arrêter sur une image déterminée. Il se laisse porter par cette divagation poétique entre écumes, ciel et béton. Tout est affaire de mensonges nous dit-on. Nous n'ignorons pas que dans l'éloignement de la nature qui apparaît rebelle derrière les barreaux, c'est la fabrication poétique d'une échappée qui permet de diluer la couleur vive de la déchirure. Dans la pièce Se frayer un chemin entre, j'invite les surveillantes à raconter une histoire qui commence par il était une fois.. Parfois sur les casiers de leur vestiaire, c'est l'image de la sorcière maléfique des dessins animés qu'elles prennent pour illustrer leur pseudonyme. Délicatement le masque vénitien, arrivé là sur un malentendu, invite à entendre un autre conte pour échapper aux mensonges des représentations hâtives.

Arnaud Théval

"L'épreuve du vide" Caroline Caccavale et d'Abdoulaye Diop Dany (France - 2002 - 1h), "L’incarcération c’est l’épreuve du vide, l’épreuve au sens de supporter et de dépasser une situation de contrainte. Un acte imposé qui dans le dépassement, nous renvoie à la dignité humaine. Ce film est un conte qui fait appel à notre regard d’enfant. Trois femmes détenues à la prison des Baumettes deviennent trois personnages : une danseuse, un clown et une passagère." Production Lieux fictifs.