Usages de la culture et population pénale

Usages de la culture et population pénale (2018), Éditions l'Harmattan.
Usages de la culture et population pénale (2018), Éditions l'Harmattan.

Usages de la culture et population pénale (2018),
Sous la direction de Delphine Saurier, Éditions l'Harmattan.

Une compréhension élitiste de l’art et de la culture s’accommode mal du voisinage de la délinquance et du crime. Pourtant, depuis plusieurs décennies, des projets artistiques et culturels sont déployés en direction de la population pénale, dans le cadre de protocoles d’accord qui lient le ministère de la Culture et celui de la Justice. Les pouvoirs publics, en favorisant le rapprochement de deux univers aussi dissemblables au nom de la réinsertion sociale et du droit à la culture, nourrissent alors toute une série de réflexions à la fois sur la place de l’art et de la culture dans la société (du motif de la délectation au statut d’instrument de l’inclusion sociale), et sur le sens de la peine et le rôle de certaines institutions pénales, telles que la prison.
Cet ouvrage participe à ces réflexions en rassemblant des contributions du colloque intitulé « Usages de la culture et population pénale », organisé les 2 et 3 juin 2014 à Nantes par Audencia Business School et le ministère de la Culture et de la Communication, et soutenu par le RT 14 Sociologie des Arts et de la Culture de l’Association française de sociologie.

Delphine Saurier est enseignante chercheure à Audencia Business School. Ses recherches portent sur la rencontre entre l’univers de la culture considérée comme légitime et celui de la marge sociale et la façon dont cette rencontre désigne, qualifie et entretient chacun de ces univers. C’est dans ce cadre qu’elle s’intéresse aux dispositifs culturels développés en prison.

Usages de la culture et population pénale (2018), Sous la direction dE Delphine SAURIER, Éditions l'Harmattan.
Le tigre et le papillon (2014). Usages de la culture et population pénale (2018) Éditions l'Harmattan.

Le tigre et le papillon (2014, un processus), par Arnaud Théval, artiste.

Extraits : La mise en forme mentale de cet article m'engage dans une réflexion sur l'objet même de ma pratique artistique. Delphine Saurier m'y pousse, je n'esquive pas. C'est l'enjeu de l'écriture réflexive, me dit-elle. Un texte peut être constitutif de ma pratique même et de la compréhension que j'en ai, pas moins. Quelle lecture cela engage-t-il sur ma démarche et sur l'ensemble de ses formes, a priori répondant à des recherches ou à des interrogations différentes, quel lien ?

En parallèle, des sollicitations me parviennent pour réaliser des ateliers de pratiques artistiques. Celles-ci émanent d'horizons différents mais généralement il s'agit de volontés d'activer chez le participant sa capacité à se sortir de sa condition par le truchement de l'expression artistique. Peu à peu, ces personnes se sont vues désignées par les institutions culturelles comme des publics empêchés. Me voilà donc un intermédiaire entre des personnes tantôt en hôpital de jour, tantôt en prison, tantôt au collège, tantôt dans un centre d'aide par le travail pour personnes handicapés et leurs désirs télécommandés de s'exprimer via une activité artistique.
Mais en réalité, au début, ma préoccupation est juste celle de réussir à faire aboutir un atelier de création artistique en prison, comme ailleurs. Ni plus ni moins.

Document photo découpée issue du workshop « Scènes de voyages », réalisé avec des détenus de la maison d'arrêt de Nantes (Août 2000)
Document photo découpée issue du workshop « Scènes de voyages », réalisé avec des détenus de la maison d'arrêt de Nantes (Août 2000). Usages de la culture et population pénale (2018) Éditions l'Harmattan.

Au tout début, c'est cette demande pour animer un atelier photo pendant l'été 2000, qui me met pour la première fois en situation d'artiste intervenant. La commande est très ouverte puisque je dispose d'une carte blanche pour inventer un contenu. L'univers carcéral m'est totalement inconnu, rien ne semble m'y conduire a priori. Sauf qu'à cette époque je passe la plupart de mon temps enfermé dans une chambre noire à faire des tirages photos. Le teint certainement très pâle et le projet artistique en construction, je me présente devant les portes de cette maison d'arrêt. Mais il est clair qu'à ce moment, j'observe cette réalité-là avec une très grande distance. D'ailleurs ma production de l'époque ne parle que des corps portant leur propre espace ou ayant absorbés tout l'espace autour d'eux.

Comment j'arrive là ? Dans cette très vieille maison d'arrêt de Nantes, vétuste et surpeuplée, à proposer un atelier basé sur l'image de soi, une évasion par l'imaginaire ?
J'ai longé quotidiennement les murs de la prison depuis mes douze ans jusqu'à mes dix-neuf ans. Ce monument n'était qu'un des bâtiments du quartier, rien de plus dans mes souvenirs. Cinq années après la fin de mes études aux Beaux-arts, la Maison de la culture de Loire-Atlantique me transmet une demande de création d'atelier à destination des détenus. L'image qui me vient immédiatement en me remémorant cette première entrée en prison, c'est de m'être dit, en regardant par la fenêtre le bâtiment jouxtant la prison, la gendarmerie, elle même étant sur la place du Palais de Justice, que c'est bien par ce lieu que la société tient. Curieux souvenir mais tenace.

Ce premier contact avec l'univers carcéral n'est pas immédiatement lisible dans mon projet artistique. En tout cas avant d'écrire ces lignes, je cloisonne. Et à y regarder de plus près, pendant les cinq années qui séparent mon retour dans l'univers carcéral, je me suis engagé dans des créations questionnant sans cesse les enfermements dans lesquels nous nous trouvons. Voici une sorte d'inventaire obsessionnel des terrains sur lesquels je me suis investi : le monde du travail avec ses codes, ses hiérarchies et sa verticalité, les espaces urbains projetant de l'enfermement plus que de l'espace public, ou encore son contrôle réduisant son appropriation et les enjeux d'identifications des jeunes en formation professionnelle pour des images standardisées en lutte avec celles d'un futur métier. Peu à peu, la construction de mes espaces artistiques se dirige de plus en plus vers une mise en tension entre moi, des acteurs du contexte et sa gestion institutionnelle et/ou politique.

Arnaud Théval « Le tigre et le papillon, les îlots (format variable) » (2014)
Arnaud Théval « Le tigre et le papillon, les îlots (format variable) » (2014). Usages de la culture et population pénale (2018) Éditions l'Harmattan.

Commander le livre

Télécharger le bon de commande