All over

All over, au risque de l'architecture et du paysage (2012-2016). École nationale supérieure d'architecture et de paysage de Bordeaux.
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« All Over » est un espace de travail collaboratif nécessitant une prise de risque de la part de chacun des acteurs. Cet enjeu se mesure à la fois en termes d’engagement et de capacité à débattre, afin de porter la question de la collaboration sur la place publique. Cet atelier développe une pédagogie du projet conduisant l’étudiant à se penser en tant que futur architecte ou paysagiste au contact des autres (élèves, enseignants et acteurs de la communauté éducative d’un établissement scolaire).

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Ce sont cinquante-deux établissements scolaires, quelque mille trois cents élèves, pas moins de quatre-vingts enseignants et cent dix-huit étudiants qui se sont impliqués dans le projet « All Over » depuis sa création en 2011. Cette dernière édition retrace le récit des neuf ateliers de la saison 5, qui a placé la notion de risque au cœur des projets, interrogeant ainsi la part utile, nécessaire et inattendue de l’effort demandé par tout acte de création.

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Les cinq livres contiennent des fragments de ces rencontres entre des étudiants en architecture ou en paysage, des élèves des collèges et des lycées, et des enseignants. Recueillant les expériences et la mémoire de ce projet, il fait le récit de ces nombreuses rencontres, riches des connaissances multiples apportées par chacun. À cet épisode s’ajoute un témoignage des cinq années de l’atelier « All Over », comme une légende témoignant de la permanence du plaisir engagé, de l’exigence requise et de l’implication de tous sur le terrain de la création en architecture ou en paysage.

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Extrait "Une histoire de débordements"(2012-2016), par Arnaud Théval, maître de conférence en art à l'école d'architecture et de paysage de Bordeaux.

Une fois que la partie institutionnelle a été calée, que la partie méthodologique a été instruite et que le dispositif d’action et ses possibles pistes ont été élaborés avec les enseignants, la première démarche des équipes d’étudiants consiste à se présenter aux élèves grâce à un autoportrait qui retrace leur parcours individuel, leurs goûts et leurs désirs d’architectures et de paysages. Tous se souviennent d’avoir été collégiens, puis lycéens. À travers leurs mots, les élèves se retrouvent, si bien que ces jeunes étudiants semblent leur devenir tout à coup très proches. L’enclenchement de la réflexion est une source d’inquiétude pour tous. Il s’agit pour les élèves, les étudiants et les enseignants de déplacer leur regard, leurs attentes, leurs présupposés aussi, et d’inventer un rapprochement en s’appuyant sur des registres de partage, quels qu’ils soient.

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Dès lors, l’objet architectural est investi en toute liberté, allégé des contraintes techniques afin de laisser la possibilité à toutes les sensibilités de s’exprimer. Et c’est à ce moment-là, précisément, que le vocabulaire ingénieux de l’architecture est introduit. Les recherches se dirigent souvent à partir du lieu de vie et de ses contraintes. Les collégiens explorent les questions des limites politiques de l’espace, en exprimant leurs découvertes à l’aide de différents médias. Les espaces, que les élèves semblent subir, le quotidien calibré par l’institution sont renversés et des stratégies aux moyens peu coûteux sont inventées pour reconfigurer les lieux et laisser place à de nouveaux déplacements, de nouvelles perceptions. Certains groupes proposent des projets dont les échelles sont réalisables, tandis que d’autres affirment des intentions utopiques qui ne manquent pas de brio et qui reflètent le pétillement des imaginaires. Dans les écoles, les lieux sont gérés de façon à ne laisser aucune place aux intentions individuelles, à laisser la neutralité effacer les présences singulières. Cette violence, toute relative, est contestée dès lors que l’atelier offre une prise de parole. L’adolescence réclame de l’attention, même révoltée ; la recherche de la douceur revient comme une ritournelle. Les impensés de l’architecture sont saisis, retournés en espaces plus intimes, où la dureté est amortie.

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Ces fabrications fragiles, qui ne peuvent lutter contre un existant tout-puissant, viennent jusqu’à se frotter à l’histoire d’une ville, révélant grâce à l’éphémère la possibilité d’une action architecturale émanant d’un geste a priori utopique. La précision est dans tous les projets, elle nécessite une attention de tous les instants et, surtout, totale. Celui qui prépare l’exposition des travaux est souvent le plus tendu. Rien n’est vraiment prêt, les étudiants s’imaginaient pouvoir aller plus loin, les élèves sont déchaînés et les enseignants épuisés. Ces impressions ne durent qu’un temps. L’école est renversée, comme par surprise, les élèves assoupis et dissipés du fond de la classe deviennent les moteurs de leurs groupes. On leur propose un autre espace dont ils se saisissent, chanceux de pouvoir s’exprimer avec un langage jusque-là ignoré de tous.

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Lire les entretiens avec les étudiants

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"Une affaire de seuil" par Alain Kerlan, philosophe, professeur émérite,Université Lumière Lyon II.
La perspective architecturale au collège pratique alors un art subtil de l’émancipation. Elle fait passer l’air du dehors dans le dedans. On peut songer ici à ce que disait Walter Benjamin, lequel voyait dans le rapport que nous entretenons avec l’oeuvre architecturale le modèle même de la relation esthétique que ne pouvait manquer de développer l’homme moderne, l’homme né à l’âge de la photographie et du cinématographe. Devant l’oeuvre architecturale, ou plutôt «dedans », écrivait l’auteur de L’oeuvre d’art à l’ère de sa reproduction généralisée, nous pouvons multiplier les points de vue à volonté, nous pencher à une fenêtre pour regarder autrement une façade, franchir une porte ou descendre un escalier et se retourner pour modifier la sensation de l’espace. Bref, ici le promeneur a tout loisir d’inventer sa propre architecture. C’est bien cela, aussi, qu’ont découvert les élèves engagés dans l’expérience permise par « All Over ». Et ce « cela » a pour nom créativité, si l’on veut bien donner à ce terme hélas galvaudé sa pleine signification. La créativité ne doit pas être asservie à la production. Elle est d’abord dans le regard porté sur le monde. Il y a une manière créative d’être au monde. Voilà peut-être ce qu’auront appris les élèves de « All Over » : l’accès à un mode créatif de perception.

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Roberta Ghelli, architecte et doctorante
Repartons à la découverte d’« All Over » ! Le processus s’inscrit dans la lignée d’expériences qui, depuis les années 1990, permettent aux étudiants des écoles d’architecture de sortir des murs, d’aller à la rencontre des acteurs des établissements secondaires et de développer avec eux des imaginaires partagés. On peut s’interroger sur le choix de ces étudiants, qui s’impliquent dans ce workshop et développent des expériences « autres » dans les collèges et les lycées : quels sont leurs motivations, leurs envies, leurs objectifs ?
 

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En 2013, à peine débarquée à l’École d’architecture et de paysage de Bordeaux (ensapBx) pour ma thèse1, je découvre « All Over ». Architecte italienne, je m’intéresse au système français de transmission de l’architecture aux enfants : je l’analyse en tant que doctorante et j’en fais partie en tant qu’intervenante dans les écoles. Le processus d’« All Over » m’interpelle : il s’inscrit dans la lignée d’expériences qui, depuis les années 1990, permettent aux étudiants des écoles d’architecture de sortir des murs, d’aller à la rencontre des acteurs des établissements secondaires et de développer avec eux des imaginaires partagés. Je m’interroge sur le choix de ces étudiants, qui s’impliquent dans ce workshop et développent des expériences « autres » dans les collèges et les lycées : quelles sont leurs motivations, leurs envies, leurs objectifs ? Au cours de l’année universitaire 2014-2015, partagée entre les rôles de journaliste, observatrice et chercheuse, je suis de près cette aventure, désormais à sa quatrième édition. Avant d’aborder les processus et les résultats des groupes d’étudiants, je reprends le fil des échanges avec Arnaud Théval, enseignant à l’ensapBx, concepteur et organisateur d’« All Over ».

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Entretien entre Roberta Ghelli et Arnaud Théval (extraits)

Qu’est-ce qui motive les étudiants qui décident de s’engager dans cette aventure ?
Leurs motivations sont multiples mais la plus importante est de s’engager dans un processus de création avec les autres et de le faire en autonomie. C’est sans doute la première fois dans leurs études qu’ils ont la possibilité de co-porter un projet de A à Z sans que celui-ci ne soit une commande au sens fermé du terme. Ils mettent en pratique leur capacité à investir leurs connaissances, à l’épreuve de celles des autres. Et cette épreuve se fonde sur une rencontre dont la préparation est source d’hypothèses et non pas de déterminations. Elle est donc celle du risque, au sens d’un engagement dans un processus de création, dans un processus de maîtrise d’oeuvre. Même si cette maîtrise d’oeuvre est modeste, elle demeure un moment à construire, une histoire à faire aboutir, un récit à mettre en route. Cette tension est motrice en même temps qu’elle fait peur à beaucoup d’étudiants, qui préfèrent ne pas se risquer à perdre du temps dans la rencontre, la réduisant peut-être à une médiation stricto sensu avec des élèves. Ici, il n’est pas question de vendre l’architecture, encore moins de partager un vocabulaire pour accéder à un savoir précis, mais il s’agit de s’impliquer dans une co-construction avec les connaissances de tous les participants.

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Étudiants, élèves, enseignants : comment dialoguer avec « l’autre » ?
Le dialogue est d’abord une question d’écoute. La complexité réside en un équilibre subtil entre convictions personnelles et capacité à écouter celles des autres pour co-construire. C’est inévitablement un lieu de débat infini, sauf si l’on admet le postulat suivant : rien ne se décide seul, tout est affaire de négociation pour co-construire le projet. Je rappelle que le temps de l’atelier est limité et que l’imposition d’un modèle à recopier est une solution inenvisageable. L’objectif premier est de permettre à une action collective de création – c’est-à-dire partager un processus de création sur un terrain commun – de se mettre en route. L’action collective ne signifie pas que tout le monde fait la même chose, au même moment, dans un souci d’équité de réception des savoirs. À sa manière, chacun doit trouver sa place pour que sa réponse puisse être à la fois audible et construite, soit dans une réponse individuelle, soit intégré à un projet plus vaste. Aucune hypothèse n’est écartée.

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En amont cependant, il faut être en mesure de les distinguer, de les entendre, puis de les accompagner. L’étudiant, l’élève, l’enseignant, chacun avec ses capacités, sa culture, son intelligence, instruit les espaces du dialogue. C’est épuisant, mais aucune économie n’est possible. L’épuisement est l’unique preuve d’un début d’écoute. C’est seulement à cette condition d’équivalence et d’affirmation de la valeur des mots de chacun, quelle que soit la culture dont ils proviennent, que le dialogue s’instaure. Celui-ci est le fruit de la combinaison de notions savantes, de références populaires, d’attentes ordinaires, d’idées improbables, de blagues et de banalités. Mais lorsque chacun ose dire ce qu’il souhaite pour s’engager dans un processus de création, c’est gagné. La problématique du dialogue est un faux problème : il faut l’évacuer en tant qu’incapacité a priori d’échanger.

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Production :
ensapBx
avec le soutien :
Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSE), Direction départementale DDCS – Mission Ville, Rectorat de l’Académie de Bordeaux, SAIO, service académique d’information et d’orientation, DAAC, Délégation académique à l’éducation artistique et culturelle, DRAC Aquitaine.

l'architecture à l'école, atelier collaboratif. theval ensap bordeaux
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All over
édition de 164 pages, 15 x 22 cm, livre relié cartonné, 1 000 ex.
Éditions Dilecta
2016, 2015, 2014, 2013

 

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