Moi le groupe

Moi le groupe (2008), Zédélé éditions. © Christophe Pit.
Moi le groupe (2008), Zédélé éditions. © Christophe Pit.

Moi le groupe
120 pages - 21 x 28 cm
photographies couleurs, relié, couverture cartonnée et supplément noir et blanc en insert
textes de Sylvain Maresca, sociologue et écrivain et contributions d'Alain Kerlan, Céline Guimbertaud, Virginie Lardière, Isabelle Tellier, Guy Baloup et de Tizou Perez-Roux
Zédélé éditions
2008

Épuisé

Moi le groupe (2008), Zédélé éditions. © Christophe Pit.
Moi le groupe (2008), Zédélé éditions. © Christophe Pit.

Moi le groupe est le récit des projets artistiques engagés par Arnaud Théval impliquant les élèves, les enseignants et l’institution scolaire de plusieurs lycées professionnels. Ce livre, organisé en six chapitres, et imaginé à la manière d’une bande dessinée ou d’un roman-photo, a pour sujet des groupes d’élèves confrontés à leur propre imaginaire et aux stéréotypes de leur futur métier. Travaillant sur les lycées et directement auprès des élèves, Arnaud Théval raconte ici ses « aventures » dans l’univers de l’enseignement, et propose de façon originale et inédite une nouvelle manière de faire entrer l’art à l’école. Chaque chapitre est ponctué par un texte écrit par Sylvain Maresca, qui a suivi Arnaud Théval dans ses déplacement et ses rencontres avec les lycéens. Ces textes, écrits par un sociologue-écrivain, présentent le projet "vu" par les lycéens, et développent le projet dans une autre dimension narrative et fictive.

Moi le groupe (2008), Zédélé éditions. © Christophe Pit.
Moi le groupe (2008), Zédélé éditions. © Christophe Pit.

Extrait de "L'école mise à nu par ses célibataires même", par Alain Kerlan, philosophe.
Alors, une dernière fois : à quoi bon ? Que peut bien apporter à l'école, et à tous ceux dont l'école est la condition obligée, un artiste en apparence aussi étranger aux crédos pédagogiques les plus répandus en la matière ? Là est peut-être la leçon : c'est en demeurant résolument lui-même que l'art d'aujourd'hui s'approche au plus près des enjeux politiques et sociaux dont il est précisément le contemporain. Il en va des enjeux éducatifs comme de tous les autres enjeux. Au bout du compte, si l’art et les artistes d’aujourd’hui sont impliqués et sollicités dans le champ éducatif, si même ils s’y engagent, c’est parce qu’il y a dans l’art d’aujourd’hui et la démarche artistique, qu’elle se déploie sur le plan visuel, sur le plan émotionnel, ou sur ceux de l’énergie ou de la pensée, quelque chose qui touche aux questions et aux problèmes éducatifs aujourd’hui majeurs, quelque chose qui touche « à la source de l’éducation » pour notre monde. Ces questions, ces problèmes, gravitent principalement autour de trois points et posent trois genres de questions. Ils concernent en premier lieu l’individu, le sujet : comment éduquer, former le sujet aujourd’hui ? Ils interrogent la créativité, la création : que recouvre la demande de création et de créativité qui concerne aujourd’hui chacun ? Ils touchent enfin à la norme et à la loi : comment fabriquer de la norme et de la normativité tout en invitant chaque sujet à « être lui-même » ? Ces questions, on en conviendra, sont au cœur de la démarche d'Arnaud Théval.

Moi le groupe (2008), Zédélé éditions. © Christophe Pit.
Moi le groupe (2008), Zédélé éditions. © Christophe Pit.

Extrait de "De la tenue" Sylvain Maresca, sociologue et écrivain.
Je viens toujours au lycée en tenue professionnelle, même les jours où on n’a pas de cours pratiques. J’y tiens. Tailleur noir, chemisier blanc, collants, chaussures cirées. Il n’y manque que le nœud gris : celui-là, je le réserve pour les séances au restaurant d’application parce qu’il est un peu serré et que ça me gêne pour respirer. Donc, quand ce n’est pas nécessaire, je préfère garder mon col ouvert. Parfois, j’opte pour un foulard de couleur. C’est la seule fantaisie que je m’autorise. Sinon, c’est la tenue réglementaire, un point c’est tout.Les autres élèves viennent souvent en jean, habillés n’importe comment. On dirait qu’ils font exprès de s’afficher en débraillé chaque fois que l’emploi du temps le leur permet. Il y en a même qui se changent d’un cours à l’autre, comme si l’habit de service leur pesait trop. Du coup, même en tenue, ils paraissent négligés. On sent bien qu’ils ne l’habitent pas ce costume. Il est posé sur eux, mais ils ne sont pas rentrés dedans. Ça leur va comme un sac. On dirait des pingouins, endimanchés mais ridicules. Ils ne sont pas ajustés à la tenue. Et s’ils n’y sont pas ajustés, ils ne sont pas dans le ton du service.