Oasis sous-terrain ou les liaisons enchantées
Le nouveau pavillon
Ville de Nantes, résidence artistique de territoire
Nantes
(2026- ) en cours
Résumé :
Ce projet souterrain à Nantes explore les liens entre notre humanité et les animaux domestiqués avec une apogée au XIXe siècle et l'industrialisation de la mort. Il mêle fouilles archéologiques, archives et récits de chiens pour révéler l'histoire cachée des abattoirs, des équarrissages et des sépultures communes entre vivants et animaux (antiquité et désirs contemporains). Un travail d’enquête dans les sous-sols : Des descentes menées avec les égoutiers de Nantes révèlent la géographie cachée de la ville et les traces d'usages spécifiques (ossements). Dans les documents d’archives : les textes retracent le parcours des bêtes d'élevage vers leur transformation industrielle (les traces de l'exploitation de la viande, de la peau et du noir d'os au XIXe siècle). L'entremise des chiens : Le chien sert de guide pour traverser les époques et relier les lieux de vie et de mort (les tombes partagées : les sites oubliés où les humains et les animaux non-humains reposent ensemble sous la ville.)
Recherche :
Nous plongeons dans les sous-sols de la ville, envisagés comme une forme de lisière, une bordure entre le monde des vivants et celui des morts. J’y piste les traces du vivant dans les méandres d’un labyrinthe invisible dans lequel seules les strates de vies à priori mortes s’accumulent. Avec les hommes et les femmes qui nous y invitent, je cherche les liaisons réelles ou imaginaires entre les sous-sols et les surfaces de la ville. D’une histoire à l’autre, nous découvrons un sous-sol vivant dont l’articulation des lieux de récits entre eux nous révèle une cartographie inédite de la cité, celle des ensevelissements d’histoires anciennes. Une trame imaginaire reliant par les sols des îlots de connections nous invite à ré-enchanter ces sous-sols, lieux de peurs, de fantasmes et de fictions que notre modernité n’a cessé d’épuiser symboliquement et physiquement. En suivant Les circuits de l’eau, que nous pensions étanches, nous découvrons des poches de vie mystérieuse où sont conservées intactes des traces anciennes. Une lecture de la sédimentation de ces sous-sols croisée avec les histoires des « pisteurs » créent une cartographie des passages entre les mondes. Les points de connections génèrent des îlots de vie où sont mises en scène ces rencontres entre les fragments du passé et l’histoire contemporaine.
Puisqu’il faut suspendre notre incrédulité, nous nous appuierons sur des histoires de liaisons entre la surface et les sous-sols grâce aux médiateurs que sont les chiens. Dans l’histoire de l’humanité, comme nous le rappelle le philosophe Mark Alizart, le chien est l’animal qui incarne le mieux ce passage entre le sauvage et le domestique, entre le vivant et le mort. Véritable conducteur d’histoires, nous nous adosserons à leurs capacités et à celles de leurs compagnons humains pour enclencher le pistage. À la recherche de nouvelles perceptions de l’espace urbain au gré des déambulations des chiens nous trouverons des entrées ou des portes nous connectant au sous-sol. En présageant de la richesse des rencontres incroyables que font les chiens (en lien avec les histoires des familles), nous pisterons avec eux sur les failles de la surface pour nous plonger dans les entrailles (Voyage au centre de la Terre, Jules Verne) de la cité. Une première cartographie sera ainsi produite qui se superposera à celle de l’histoire de la ville. De la fiction à la réalité et inversement, l’œuvre fait émerger des liens entre les présences oubliées du vivant des époques anciennes ou quand les morts et leurs fantômes nous invitent à entretenir des liaisons suivant l’invitation poétique de la philosophe Vinciane Despret.
Ce projet artistique consiste donc à inventer une non-fiction (récit de rencontres mêlant des faits réels mais avec un décalage poétique) avec les habitants des sous-sols (les agents de Nantes Métropole), les chiens et leurs compagnons, en enquêtant avec eux sur les pistes du vivant domestique (en coopération avec le service Archéologie et Patrimoine de la Ville, l’école vétérinaire de Nantes).
À chaque trouvaille d’un « objet, d’une trace, d’ossements » sous-terrain.ne, une sortie à la surface est révélée et un oasis est dévoilé (un percement magique) comme un prétexte à connecter le sous-sol à la surface du monde habité (jardins secrets ou lieux vivants en impliquant les habitants de la ville et son histoire).
Animaux d’histoires, fantômes de nos vies ou de nos imaginaires se croisent dans une œuvre qui remonte à la surface ce qui est enfouit pour en dégager un mythe contemporain, celui d’une connexion entre les mondes du vivant par l’entremise des chiens.
Arnaud Théval Oasis sous-terrain (2026) croquis préparatoires