Familles dévorantes (2)

Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.
Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.


Familles dévorantes (2026) acte 2.
Photographies et textes de l’auteur
Jean Estabanez, géographe et Jean-Baptiste Imbert, artiste sonore
Centre culturel de rencontre Château de Goutelas, Marcoux.
En partenariat avec l’Esat La plume verte.

Voir le premier dispositif

L’œuvre Familles dévorantes, prend plusieurs formes dont une série de photographies du genre ‘‘portraits de famille’’ dans lesquelles l’animal prend place. Cette recherche est basée sur les récits d’expériences des personnes rencontrées, leurs discours et leurs positionnements hérités d’une histoire sociale et contemporaine de nos relations aux autres vivants. L’ensemble de ces matériaux et ma perception de leurs récits et des images qui en émergent nourrissent des situations et des espaces qu’ils et elles occupent. 
Lire la suite

Ce second dispositif de monstration présenté à l’ESAT La Plume Verte est une déambulation dans le site d’où émerge les récits des travailleurs et de leurs liens singuliers avec les animaux d’élevages (de la vie à la mort). Les images sont installées à des endroits spécifiques et en lien avec leurs contenus. 
Textes à venir (2027)
Cartographie à venir (2027)

 

Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.
Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.

 

Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.
Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.

 

Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.
Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.

 

 

Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.
Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.

 

Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.
Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.

 

Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.
Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.

 

Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.
Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.


Les saigneurs

Deux hommes descendent des bâtiments de ferme d’un air vague. Les brumes de leurs nuits se mêlent à celles de la campagne. Avant de s’engager dans le travail, ils jettent un oeil dans la baraque des poussins. Par centaines ils courent d’un point à un autre suivant un mouvement qui ressemble à celui d’une onde sur un cour d’eau. La chaleur les protège des frimas mortels de l’hiver, ils piaillent d’inquiétude en voyant les deux hommes s’approcher, et tous se pressent dans le coin le plus éloigné. Le plus grand des deux hommes s’accroupi et les appelle doucement. Chaque jour il répète le même rituel, il sait que demain l’un d’entre eux viendra se blottir dans sa main. Pour le moment, ils ont peur. Dehors, des véhicules ont déchargés des cages en plastique à l’entrée de l’abattoir. Il est temps pour eux de rejoindre l’équipe. Dans le vestiaire ils se préparent en revêtant un tablier de couleur rouge, une blouse blanche, des charlottes et un gant pour la main gauche. Le plus aguerri des deux s’adresse au second « moi aussi au début ça me faisait une petite tristesse de les tuer, l’odeur du sang me gênait, ça me faisait bizarre, je me sentais coupable ». L’autre lui répond « oui, moi c’est que j’arrivais pas à saigner, on m’a prévenu : il faut que le sang coule normalement pas goutte à goutte, sinon l’animal il a la tête rouge ». D’un air entendu, il répond « Tu sais faut pas tout à fait y craindre de l’abattoir. Maintenant ça ne me gêne plus de les tuer, je sais ce que ça fait, je les pends, je les saigne. On connait l’histoire ! C’est de l’élevage, on les suit des premiers jours à la fin ». Bruyamment la chaîne s’est mis en route, un jet de vapeur transforme le local en sauna, c’est le moment de s’y mettre. Avec un casque, ils se protègent les oreilles du vacarme et peut-être des cris et ils commencent. Ils ouvrent une caisse, en extraient un canard, l’accrochent par les pattes sur la chaîne. Le volatile semble surpris, il n’émet pas de résistance, il déploie ses ailes et attend quelque chose. Lentement son corps est glissé dans un petit bac à eau, hors de vue, une décharge électrique l’assomme. Un cri, un froissement d’aile et il ressort immobile. L’homme saisit son cou de la main gauche, armé d’un couteau il le saigne de la main droite. Son sang coule doucement, ses muscles s’agitent un peu, un dernier soubresaut et le silence s’empare de son corps. Ainsi de suite les deux saigneurs répètent leurs gestes méticuleusement jusqu’à la pause. Dehors, ils ne fument pas, mais de leurs bouches à chaque respiration de la buée s’échappe. Le bruit des machines se poursuit, à leur pied sous une grille une rivière d’eau et de sang coule sans interruption.  
 

Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.
Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.
Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.
Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.
Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.
Arnaud Théval "Familles dévorantes" (2026) CCR Château de Goutelas.