La cage aux oiseaux

La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Installation format variable (photos, affiches, lettres, maquette et vidéo). Centre Photographique Marseille.
La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Installation format variable (photos, affiches, lettres, maquette et vidéo). Centre Photographique Marseille.

La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Centre Photographique Marseille, résidence sur les quartiers nord.

La correspondance des oiseaux
D'abord en m’adossant sur les histoires entendues ou récoltées lors de l’atelier mené par Octavia de Larroche, je poursuis le déplacement. Les lettres me parviennent accompagnées d’un portrait de ces habitants, comme un indice à partir duquel je compose mentalement le portrait et l’histoire de la rencontre à venir. La correspondance opère d’abord sur mon imaginaire, comme un déclencheur.

La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Installation format variable (photos, affiches, lettres, maquette et vidéo). Centre Photographique Marseille.
La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Installation format variable (photos, affiches, lettres, maquette et vidéo). Centre Photographique Marseille.

En frappant à leurs portes, je découvre les auteurs des lettres ou parfois les retrouve. Les indices présents dans leurs lettres ou sur leurs portraits apparaissent, d’autres surgissent et se mêlent aux histoires écrites. J’opère une mise en situation de l’hôte avec sa présence animale ou avec une figure animale présente.
Le portrait et texte constituent une interprétation d’une réalité vécue et tamisée par la mémoire, mixée par la mienne, produisant une dérive poétique dans les histoires intimes. Il en émerge une ville et ses déformations, des trajectoires de vie et de mort ainsi que des récits d’abandons et de sauvetages des uns et par les autres.

La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Installation format variable (photos, affiches, lettres, maquette et vidéo). Centre Photographique Marseille.

En préambule de ce travail le poème Pour faire le portrait d'un oiseau de Jacques Prévert ressurgit. Il contient tous les mots pour nous défaire de ce qui tente de nous contenir. Si les peurs reculent, celle d'ouvrir sa porte sur son univers à un inconnu demeure. Il me faut changer de registre pour mieux y revenir. Car les histoires attrapées au vol d'un atelier de français ici ou d'un sandwitch là, contiennent toutes les histoires du monde, l'animal est le témoin de ces migrations et de porte avec lui, les souvenirs de l'enfance perdue.

La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Installation format variable (photos, affiches, lettres, maquette et vidéo). Centre Photographique Marseille.
La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Installation format variable (photos, affiches, lettres, maquette et vidéo). Centre Photographique Marseille.
La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Installation format variable (photos, affiches, lettres, maquette et vidéo). Centre Photographique Marseille.
La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Installation format variable (photos, affiches, lettres, maquette et vidéo). Centre Photographique Marseille.

La cage aux oiseaux (trompe la mort !)
Cette pièce se nourrit de ma rencontre avec des récits de vie d’habitants de Marseille en lien avec des présences animales. À l’instar d’un inventaire ethnographique, je relève les traces animales lors de mes parcours jusqu’à eux ; celles qui jalonnent les publicités, qui décorent les murs, habillent les étagères, se gravent sur les peaux, s’impriment comme motifs sur les vêtements et celles vivantes qui partagent leurs vies.

La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Installation format variable (photos, affiches, lettres, maquette et vidéo). Centre Photographique Marseille.
La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Installation format variable (photos, affiches, lettres, maquette et vidéo). Centre Photographique Marseille.

Partout, l'animal s'agite dans les mémoires, accompagne les exils, les histoires des villes et réveille les souvenirs de l'enfance. Chaque histoire contient sa part de tragique et les mots se font le récit de sauvetages d'animaux que l'Homme n'a de cesse d'abandonner ou de maltraiter. Notre relation à l'animal est enfermée dans une violence ordinaire de laquelle nous semblons vouloir nous racheter en créant l'illusion d'une cohabitation apaisée par cette omniprésence des représentations animales.

La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Installation format variable (photos, affiches, lettres, maquette et vidéo). Centre Photographique Marseille.
La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Installation format variable (photos, affiches, lettres, maquette et vidéo). Centre Photographique Marseille.

La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Installation format variable (photos, affiches, lettres, maquette et vidéo). Centre Photographique Marseille.

Il n'en demeure pas moins, que notre relation à l'animal est une figure de l'altérité qui nous renvoie à notre propre fragilité et qui pour la plupart d'entre nous constitue notre première expérience de la mort.

La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Installation format variable (photos, affiches, lettres, maquette et vidéo). Centre Photographique Marseille.
La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Installation format variable (photos, affiches, lettres, maquette et vidéo). Centre Photographique Marseille.

La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Installation format variable (photos, affiches, lettres, maquette et vidéo). Centre Photographique Marseille.

La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Installation format variable (photos, affiches, lettres, maquette et vidéo). Centre Photographique Marseille
La cage aux oiseaux (trompe la mort !) 2018. Centre Photographique Marseille. © Octavia de Larroche.

Un des 5 textes de l'installation :

L’odeur chaude et piquante des travaux en contrebas guide mes pas dans ce champ de ruines. Je croise un chien fantomatique, l’œil blanc, il semble être sur le chemin de sa propre mort. Dans les vapeurs de pétrole qui s’échappent de l’asphalte à peine coulé, une femme gesticule dans tous les sens. Elle vient de stopper l’engin aplatisseur. Un attroupement se crée autour d’elle, au cul du camion qui vient de se défaire de sa cargaison de goudron chaud. À genoux, les mains protégées par des chiffons elle fouille les graviers pour en extraire une boule de poil recouverte de graviers noirs. L’animal hagard et fumant ressemble à une pierre de lave. 
De l’autre côté du trottoir de son balcon une femme l’interpelle en riant. Je ne comprends pas ses mots. À ses pieds, dans une cage à oiseaux, six chats suivent silencieusement le sauvetage.
 

Une pièce conçue grâce aux récits des habitants de Campagne-Lévêque et au soutien logistique du centre social St-Louis Léo Lagrange. Avec l'assistance d'Octavia de Larroche ainsi que la contribution du designer Jean Schneider, dans le cadre d'une commande de 13 habitat dont le commissariat a été confié à Erick Gudimard.

Theval La cage aux oiseaux (trompe la mort) Marseille
Theval La cage aux oiseaux (trompe la mort) Marseille.
Theval La cage aux oiseaux (trompe la mort) Marseille.