Histoire animale de la prison

Arnaud Théval "Histoire animale de la prison" (2022) Disp de Lyon
Arnaud Théval "Histoire animale de la prison" (2022) Disp de Lyon

Histoire animale de la prison
résidence dans les établissements pénitentiaires 
(en cours depuis 2021)

Avec le soutien de la DISP de Lyon, la DRAC AURA
et du Ministère de la Culture
En partenariat avec le musée des Confluences.

Cette démarche artistique prend la forme d’une enquête sur les présences animales dans les prisons et leurs résonances auprès des « habitants » de la prison (les personnels, les personnes détenues, les visiteurs au sens large).
À la recherche des traces de ces présences animales, qu’elles soient dessinées, écrites, imaginaires ou réellement présentes (animaux domestiques, médiations animales ou animaux « clandestins »), je cherche à construire un récit des co-présences du vivant dans nos prisons et de ce que cela peut nous raconter des relations en prison. 
Que représentent ces présences, que nous apprennent-elles de l’enfermement et des liens entre les hommes qui se nouent, se tissent et s’inventent grâce à elles ? 

Que masquent la fumée et la suie des feux de cellules omniprésents dans les actualités de la presse ? Certes, leurs récurrences révèlent la souffrance des uns et la rage des autres, maintenant nos représentations de la prison, violente, à sa place, au chaud. Dès les premières fumées, à la fenêtre de la cellule, l’oiseau a fini par s’envoler, pour aller où ? La noirceur de la suie sur les murs accentuent les zones sombres de la prison, elles s’agglutinent à la cohorte de clichés obscurcissant nos images sur ces édifices d’enfermements. Si l’oiseau n’est plus là, où est-il ? Peut-être sur les écussons des agents de la pénitentiaire. D’anciennes légendes ou autres figures animales locales, peut-être fantasmés aussi, y colonisent leurs besoins d’identifications. Si leurs présences sont fortes dans les dessins de ces écussons, leurs signaux sont faibles dans la réalité. À moins qu’ils ne soient tapies dans un coin, prêt à surgir ? Et à la faveur de la nuit, à l’ombre des bâtiments sur-éclairés ou lorsque de l’Ouest le soleil tombe du ciel étirant en ombres sans fin les architectures... Celles ne contiennent-elles pas quelques formes encore indistinctes, sans doute vivantes ?

De quoi peut-il s’agir ? Un œil inattentif n’y perçoit que du noir, d’ailleurs la prison peut-elle être autre chose d’un tas de noir, un amas de souffrance ? D’une suggestion...Une autre, les odeurs nous transportent, les bruits inquiètent notre calme. Elles génèrent des formes qui s’animent dans nos regards encore vagues. De quels imaginaires sont-elles le fruit ? Les habitants de la prison les connaissent-elles ? Y rêvent-ils ? D’ailleurs à quoi peut bien rêver un agent de la pénitentiaire ? Les voyages immobiles des habitants contraints de la prison finissent-ils par porosité à augmenter ses paysages intérieurs ? Sont-ils habités, alimentés par d’anciennes histoires de l’institution pénitentiaire, du temps où dans les prisons, ils élevaient leurs propres bêtes pour se nourrir  ou par ces chiens, ces chevaux et ces cochons d’Inde aimant et soignant les hommes ? Tous les hommes ?

Des écussons des agents aux dessins gravés sur les murs des cellules ou des cours de promenade, aux créations dans les ateliers d’art plastiques, l’animal se faufile entre nos corps poreux à sa fragilité, à ses symboles. D’une image sur un mur à un tatouage il galope comme une co-présence oubliée. Il arrive que poisson, il atterrisse grâce à une bouteille en plastique dans une cour de promenade ou que serpent, dissimulé dans un sac de vêtement, il réussisse à retrouver l’être aimé. Pourquoi ces présences ne nous préoccupent-elles pas plus dès lors que nous connaissons leurs immenses capacités à nous attendrir, à nous soulager, à nous faire parler autrement, tous.
 

Arnaud Théval "histoire animale de la prison" 2022, Disp de Lyon.
Arnaud Théval "Histoire animale de la prison" (2022) Disp de Lyon.