Jules et la pierre

Arnaud Théval Jules et la pierre (2019) photographie format 100 x 135 cm.
Arnaud Théval Jules et la pierre (2019) photographie format 100 x 135 cm.

Arnaud Théval Miel détresse (2019) collection des textes United color of...

Hésitante, elle fait son entrée dans la salle vitrée. Les bénévoles l’invitent à s’assoir. Elle commence à parler et soudainement sa voix se casse, ses yeux pleurent et son corps se casse littéralement sur lui-même, comme si ses os la lâchaient. Elle ne sait pas comment accompagner son fils pour l’aider à parler de la maladie avec d’autres enfants. Elle s’effondre. Entre deux sanglots, elle dit que son fils est à cran car il n’arrive pas à verbaliser ce qui se passe. Maman tu vas être malade toute ta vie ?

Elle peste contre ces mots, contre cette violente récurrence qui s’invite dans son antre. Récidive. Récidive. Chronicité, la maladie est encore là, comme le craquement de la fin d’une espérance. Un traitement de seconde ligne alors que je me voyais sorti du tunnel. Ma maladie c’est comme un essaim d’abeilles attaqué par un frelon. Ici dans cette usine à cancer, elle se sent dans une ruche protégée par des médicaments et re-boosté par l’attitude souriante du médecin.

Déterminée, elle relève le menton affirmant qu’elle ne va pas chuchoter à propos de sa maladie, qu’elle va absorber la tristesse de son enfant et s’étonne d’avoir trouvé en elle une force insoupçonnée. Elle ricane en lâchant qu’il faut souffrir pour être belle, un casque réfrigérant sur la tête. Elle a rasé ses cheveux avant qu’ils ne tombent. À peine si j’avais remarqué sa perruque qu’elle ajuste maintenant en murmurant dans un sourire qu’elle lui a sauvé la vie.
 

Dans le cadre de la résidence Blanc maquillage à l'Institut Bergonié, Bordeaux.