Crépitements

Crépitements (2018) Institut de lutte contre le cancer Bergonié, Bordeaux.
Crépitements (2018) Institut de lutte contre le cancer Bergonié, Bordeaux.

Blanc maquillage est le titre du projet de l’artiste Arnaud Théval s’inscrivant dans le cadre de la recherche action développée par le Collectif Art bergonié. Cette seconde performance débat s’inscrit dans la continuité de la rencontre qui s’est tenue en juin 2017 à l’Institut Bergonié La source de l’arc-en-ciel.

Résidence à l'Institut Bergonié, centre de lutte contre le cancer à Bordeaux.
Quand les murs de la chambre disparaissent, quand les rapports de pouvoirs se conçoivent dans l’horizontalité du management, quand les corps disparaissent en moins de trois jours, quand les mots qui s’échappent de nos bouches se transforment en vapeur d’eau, quand la lumière qui y scintille alors, y fait naître l’illusion d’un arc-en-ciel, c’est bien que nous sommes parvenu dans ce nouveau lieu qu’est l’hôpital du XXI ème sciècle.

L’œuvre est constituée de différents matériaux (photos, textes, installation) et de différents moments (performance-débat, discours). Si habituellement, la conférence rend compte d’un travail abouti ou sur le point de l’être, ici, c’est un questionnement qui est à l’œuvre. L’échange entre l’artiste Arnaud Théval et le philosophe Guillaume Durand constitue un matériau pour le travail artistique en cours. Cette matière devient l’objet central d’une performance-débat. À ce débat sont invités les médecins Gérard Dabouis et Nicolas Madranges. Ensemble, ils aborderont la notion d’éthique dans les relations entre médecins et patients.

Crépitements, Les flammes de la ruse (2018), extrait, texte d'Arnaud Théval, artiste.

Le médecin a enlevé sa blouse blanche et il s’est assis de l’autre côté de son bureau. Moi, je suis assis sur le bureau en tailleur et bien que la position soit inconfortable, je m’y tiens. Deux femmes médecin en blouses blanches sont également dans la pièce blanche. L’une est debout sur sa chaise, en équilibre. L’autre semble flotter à quelques centimètres du sol. Comme face à un miroir aux multiples facettes, nous observons le sens des mots varier selon le point de vue. Celui du mensonge nous occupe fort.

Ils s’accordent pour dire que ce n’est pas vraiment un mensonge cette relation au patient. Nous sommes habités par ce mensonge mais il est plus ou moins conscientisé avance-t-elle.

Ils poursuivent : le mensonge fait partie de notre culture médicale, c’est terrible. En fait il est subliminal, ça ne s’apprend pas. C’est même bienveillant car il est nécessaire. Mais enfin intervient l’un d’eux qu’est-ce que le mensonge ? Ça peut-être des métaphores, du vocabulaire biaisé ou hermétique. C’est plus un prétexte et un subterfuge pour être le moins agressif possible. La notion de ruse s’agite dans ma tête. Elle respire fort, puis elle affirme que le mensonge se déplace avec le diagnostic. Lui, les mains croisées sur ses genoux, bifurque et questionne la relativité des choses : Quand tu implantes une chambre à un patient malgré sa banalisation, ça reste impactant. J’imagine la forme d’une chambre dans mon corps et y entre.

La source de l'arc-en-ciel (2017) format 100 x 135 cm et 100 x 75,5 cm. Institut de lutte contre le cancer Bergonié, Bordeaux.
La source de l'arc-en-ciel (2017) format 100 x 135 cm et 100 x 75,5 cm. Institut de lutte contre le cancer Bergonié, Bordeaux.

Mensonges et vérités : « être délicat dans la lumière »  (2018) extrait, texte de Guillaume Durand, philosophe.

Fatou se rend à l’hôpital pour des maux de ventre. Elle est en visite chez sa sœur depuis quelques semaines. Originaire d’un village d’Afrique de l’Ouest, elle ne parle pas notre langue. L’équipe médicale diagnostique un syndrome de Morris : elle a un génotype masculin bien qu’elle ait l’apparence d’une très belle jeune femme. Fatou, âgée de 24 ans, est donc stérile et son identité sexuelle est masculine. Elle doit aussi subir une opération chirurgicale (gonadoctemie). Que faut-il lui dire ? Doit-on lui annoncer « qu’elle est un homme » ? L’équipe décide de lui annoncer sa stérilité mais de lui cacher sa maladie et de la persuader de subir l’opération sous un faux prétexte…

Qu’est-ce que le mensonge ? Mentir signifie « affirmer comme vrai ce qu’on sait être faux » et aussi « promettre faussement ». En ce sens, le mensonge apparaît aux soignants comme quelque chose de « terrible » en ce qu’il est contraire à la déontologie et à l’éthique médicale. La relation de soin est définie le plus souvent comme une alliance entre le médecin et son patient, qui repose sur la confiance et sur deux promesses fondamentales : le soignant promet d’être loyal envers son patient et aussi de faire tout ce qui est en son pouvoir pour le soigner ou au moins le maintenir dans le meilleur état de santé possible1. Alors en quel sens le mensonge ferait-il aussi « partie de notre culture médicale » et serait-il même une nécessité ?

Crépitements (2018) format 100 x 135 cm et 100 x 75,5 cm. Institut de lutte contre le cancer Bergonié, Bordeaux.
Crépitements (2018) format 100 x 135 cm et 100 x 75,5 cm. Institut de lutte contre le cancer Bergonié, Bordeaux.

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Crépitements (2018) dispositif pour le débat. Institut de lutte contre le cancer Bergonié, Bordeaux.
Crépitements (2018) Document, dispositif pour le débat. Institut de lutte contre le cancer Bergonié, Bordeaux.
Gérard Dabouis, Guillaume Durand, Arnaud Théval (2018) Institut Bergonié, Bordeaux.
Gérard Dabouis, Guillaume Durand, Arnaud Théval (2018) Institut Bergonié, Bordeaux.