Les chambres écrites

Arnaud Théval et K. Hurler calmement (2017), lectures.
Arnaud Théval et K. Hurler calmement (2017), lectures.

Cette première pièce préfigure un court métrage Les chambres écrites dans lequel K. lit des textes dans les chambres vidées de l'hôpital ré-agencé (2019).

Hurler calmement évoque comment une infirmière appréhende la montée en tension de la mort d’un patient, son accompagnement et sa stratégie bien à elle pour en garder une mémoire au travers des mots qu’elle écrit. Elle lit son texte après celui que j’ai écrit, comme un écho. Les mots de ces absences et de ces distances occupent l’espace physique du moment.

Hurler calmement (2017), extrait du texte lu par Arnaud Théval.
C’est l’état d’urgence dans l’environnement de la chambre, l’excitation vient de monter d’un cran. La mort s’approche. C’est palpable, tout se transforme, le temps devient épais, le bruit change de tonalité autant que la lumière varie. Elle se propose comme un socle à ceux pour qui la terre tangue. La couleur de la mort chemine sur le visage de l’homme allongé, avant de devenir lourd comme une pierre, il lui emprunte sa couleur, un opalin. Son visage est devenu transparent, sa vie le quitte, elle le sait. À côté du lit, toute l’humanité se réveille, se déchire et se révolte. L’angoisse de la famille est à son paroxysme. L’urgence a saisi la société toute entière, sa vitesse rend la mort inexistante. Elle passe sans que le temps nous y prépare. Déjà, nous repartons travailler quand le corps, lui, poursuit sa course bien administrée. Le mort a déjà les traits détendus, son visage est beau me dit-elle. Parfois, des peluches les accompagnent pour ce voyage, un rituel. Personne ne les enlève, elles restent avec le défunt.

Hurler calmement (2017), extrait du texte lu par K., infirmière.
Il est des jours plus touchants que d'autres , aujourd'hui fut un de ceux là . Une journée pourtant ordinaire, où le réveil sonne, où je me prépare pour aller travailler, m'enfermer douze heures dans ma blouse, dédier douze heures aux soins des autres. Et ce jour ordinaire dans la blouse, a commencé par une rencontre, les yeux encore pochés par le sommeil, par des rencontres avec des " accompagnants " endeuillés depuis la nuit, qui allaient accompagner un conjoint, un père, un frère, dans sa dernière demeure, dans les jours prochains. Un homme que j'aimais bien, pour ne pas dire beaucoup.

Dans le cadre de la résidence Blanc maquillage à l'Institut Bergonié, Bordeaux.